Festival d'été - Le succès d'un modèle d'affaires

Daniel Gélinas, directeur du Festival d’été.
Photo: Source Festival d’été de Québec Daniel Gélinas, directeur du Festival d’été.

Québec — La dernière semaine a marqué un tournant dans l'histoire du Festival d'été, qui a vendu la totalité de ses 150 000 laissez-passer à peine deux jours après son lancement. Son directeur, Daniel Gélinas, a réalisé son objectif: faire du FEQ le plus gros événement du genre au pays.

À ceux qui reprochent au Festival d'avoir vendu son âme et sa langue sur l'autel des Plaines, Gélinas répond qu'il a offert à la population ce qu'elle réclamait dans les groupes de consultation (focus group) et à la radio: de grands noms. En 2002, le Festival était «à la fin d'un cycle, dit-il. C'était la fin de l'époque où on considérait encore comme un happening Charlebois sur les Plaines. Ça ne marchait plus parce qu'il y a eu une multiplication des festivals au Québec.»

Repositionnement


La direction du FEQ ne parle plus de mission francophone pour le festival, mais bien «d'animer la ville». «Dans les années 1980 et 1990, on programmait du francophone parce que c'est ce que le monde vivait. On ne programmait pas ça par nationalisme.»

Le financement public du Festival compte pour 18 % de son budget, soit un peu plus de 3 millions de dollars sur un total de 17,2 millions. En ajoutant les commandites des sociétés d'État (SAQ, Hydro-Québec, Loto-Québec), on met environ 500 000 $ de plus dans la cagnotte. «Admettons que demain il n'y a plus de financement public, on serait probablement le seul événement à survivre en gardant les Plaines et peut-être le Pigeonnier. Je ne connais pas d'autres événements [au Canada] qui vendent autant de billets.» Le Festival de jazz de Montréal, par exemple, a déclaré des revenus de billetterie d'environ 4,2 millions, alors que le FEQ prévoit passer le cap des 6 millions.

Mais Daniel Gélinas préfère se comparer avec des événements comme Coachella en Californie ou encore Bonnaro au Tennessee. Des festivals qui misent eux aussi sur des têtes d'affiche, mais vendent leurs billets cinq ou six fois plus cher, et ce, pour trois ou quatre jours plutôt que dix.

Nommé à la tête du FEQ en 2002-2003 (à l'époque, rappelons-le, où Régis Labeaume dirigeait le conseil d'administration), Gélinas a voulu positionner le Festival à l'international avec des «vedettes». Les Plaines allaient ainsi devenir la «vache à lait», voire la «vache à bière» de l'événement, avec Bérurier Noir (2004), ZZ Top et Simple Plan (2005), Scorpions (2006), Kanye West et Manu Chao (2007), etc. Puis 2008 permet au FEQ de faire un bond en avant grâce aux fonds du 400e. En plus d'accueillir McCartney et Céline, les Plaines reçoivent Van Halen, Aznavour et Linkin Park.

Et maintenant?

Privé des fonds du 400e, le Festival fait des coups de poker et investit dans la programmation pour augmenter les revenus d'exploitation. Kiss et Sting sont les têtes d'affiche de 2009. On connaît la suite. Entre 2004 et 2008, les fonds investis dans la programmation sont passés de 2,6 à 7,1 millions, et le nombre de laissez-passer vendus a doublé au cours de la même période, en dépit des hausses de coûts annuelles.

La vente prématurée des laissez-passer 2010 devrait fournir au Festival de nouveaux revenus (avec les nouveaux passeports d'un jour, notamment). De l'argent que l'organisation dit avoir investi dans de nouveaux écrans sur les Plaines. Surtout, ces fonds devraient compenser en partie le retrait de la subvention de 2,8 millions d'Industrie Canada.

Quant aux Plaines, si vastes soient-elles, Daniel Gélinas n'entend pas augmenter davantage leur capacité d'accueil. Aussi, la prochaine phase d'expansion passera donc par le Web, annonce-t-il. «U2 a fait une première expérience de show live sur YouTube cette année. Environ 3,2 millions de personnes l'ont regardé en direct et c'est monté jusqu'à 12 ou 13 millions après. On espère que c'est ce que les artistes vont nous demander.»

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