Arcade Fire crée une nouvelle fondation pour venir en aide aux rescapés

Avec Kanpe, Régine Chassagne invite la population à soutenir le pays d’origine de ses parents.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Avec Kanpe, Régine Chassagne invite la population à soutenir le pays d’origine de ses parents.

Québec — La chanteuse d'Arcade Fire, Régine Chassagne, a profité hier du premier concert du groupe à Québec pour lancer une nouvelle fondation visant à venir en aide aux rescapés du séisme de janvier. La fondation s'appelle Kanpe, qui veut dire «debout» en créole.

«Le groupe dont je fais partie a toujours été très intéressé à améliorer la vie en Haïti et c'est pour cela que ce soir on va faire un spectacle pour lancer Kanpe en grand», a-t-elle déclaré en français lors d'un point de presse très couru hier après-midi.

La chanteuse, qui a grandi en banlieue de Montréal après que ses parents eurent fui le régime Duvalier, était accompagnée de la présidente de Kanpe, Dominique Anglade. Cette dernière a perdu ses deux parents dans le séisme, l'écrivain haïtien George Anglade et son épouse Mireille. Les deux femmes se connaissent apparemment depuis longtemps. «On se connaît depuis qu'on est petites. Nos parents se fréquentaient», a expliqué Mme Anglade.

Les fans d'Arcade Fire ont été invités à faire des dons à Kanpe par SMS, durant le concert tenu sur les Plaines en soirée. Interrogé en marge de la conférence de presse d'hier après-midi, le chanteur d'Arcade Fire, Win Butler, s'est dit très excité par ce spectacle. «C'est le premier concert que nous donnons à Québec. Je suis plus qu'excité», a-t-il laissé tomber avant de s'engouffrer dans un ascenseur.

Plusieurs journalistes de l'extérieur s'étaient déplacés pour pouvoir poser des questions à Régine Chassagne, dont ceux du magazine Rolling Stone et du pendant canadien d'Entertainment Tonight. C'est parce que les sorties publiques d'Arcade Fire sont rares. Le groupe a d'ailleurs décliné pratiquement toutes les demandes d'entrevue dans le cadre du Festival d'été.

Vêtue d'une jolie robe rose décorée de broderies, la chanteuse à l'air timide a soupiré quand on lui a demandé si la chanson Haïti, dans le premier album du groupe, Funeral, prenait un sens nouveau depuis la catastrophe. Priée de dire si d'autres chansons du groupe allaient parler du pays d'origine de ses parents, elle a tout simplement répondu: «Il y en aura d'autres.»

Le projet Kanpe était déjà en gestation quand le séisme est survenu, ont expliqué les deux femmes. Conscientes du fait qu'Haïti est déjà soutenu par un certain nombre d'organismes d'aide et de charité, elles ont fait valoir que Kanpe allait se distinguer des autres. «Nous allons combattre le cycle de la pauvreté de manière différente. [...] Au lieu de miser sur la nutrition ou sur des éléments spécifiques de santé et d'éducation, on va faire ça de manière complète et intégrée.»

Afin de «décentraliser» le pays et sortir de Port-au-Prince, Kanpe va amorcer ses interventions en milieu rural dans le village de Thomonde. L'organisme, qui compte employer des travailleurs communautaires haïtiens, va commencer par intervenir auprès de 500 familles pauvres, qui seront suivies pendant une période de 18 mois jusqu'à ce qu'elles soient autonomes.

Lorsqu'on lui a demandé si Arcade Fire était un groupe très connu des Haïtiens, Régine Chassagne a répondu par la négative. «Là où je suis allée, il n'y a même pas de radio, c'est un autre monde», a-t-elle laissé tomber. La chanteuse, qui avait déjà séjourné dans le pays en 2008, se préparait à y retourner quand le tremblement de terre est survenu. «Ç'a dû être annulé.»

Ce n'est pas la première fois que Régine Chassagne invite la population à soutenir Haïti. Peu après le séisme, elle avait écrit une longue lettre au quotidien britannique The Guardian dans laquelle elle invitait la population à faire des dons à Partners in Health.

Cet organisme américain est l'un des deux partenaires de Kanpe en Haïti, mais, «[avec Kanpe], ça va être plus pratique pour le Canada et le Québec», a précisé Mme Chassagne. Hier, elle a dit avoir été très marquée par la lecture du livre Mountains beyond Mountains, de Tracy Kidder, récipiendaire du prix Pulitzer, qui raconte l'histoire de l'un des fondateurs de Partners in Health, le docteur Paul Farmer, et de son travail en Haïti.

Outre la chanteuse, plusieurs personnalités connues siègent au conseil d'administration, notamment Jacques Ménard, président de BMO, Maryse Alcindor, juriste d'origine haïtienne, et Jonathan Demme, cinéaste qui, en plus de films à succès comme Le Silence des agneaux, a signé en 2003 un documentaire poignant sur le journaliste haïtien Jean Dominique, The Agronomist.
1 commentaire
  • Geoffroi - Inscrit 13 juillet 2010 21 h 57

    Une toute nouvelle fondation : la CCLF

    Pourquoi pas aussi une autre nouvelle fondation visant à venir en aide aux chanteuses et chanteurs de langue française: la CCLF - Au secours.

    Comme président du Conseil d'administration je propose Mme Clotaire Goulet de "The French Quebec City" et France Beaudoin de la Canadian Broadcasting Corporation.