L'éclosion de Rafaël Zaldivar

C'est la méthode habituelle des organisateurs du Festival de jazz de Montréal pour faire connaître de jeunes musiciens: débuter doucement en scène extérieure, puis progresser de salle en salle les années suivantes, à mesure que l'auditoire est susceptible d'augmenter.

En ce sens, on peut parier qu'on reverra l'an prochain le pianiste cubano-québécois Rafaël

Zaldivar ailleurs qu'en plein air. Quatre spectacles dehors en deux ans, c'est bien assez pour un pianiste dont la qualité du jeu mérite une écoute optimale.

À 27 ans, le principal intéressé ne se plaint de rien. Au contraire. Tout va bien pour lui depuis quelques mois: il a remporté la compétition du festival Jazz en rafale, vient de lancer un premier album (Life Directions) fort bien accueilli et a été nommé Révélation 2011 par Radio-Canada — qui fera donc tourner ses pièces avec régularité. En somme: ça gaze pour Zaldivar, dont la réputation grandit vite.

Alors, jouer dehors ou à l'intérieur, peu importe. «Ça change forcément les conditions générales du jeu, admet-il dans ce français impeccable appris depuis son arrivée à Montréal, il y a cinq ans. Mais ça ne me dérange pas dans l'énergie. Le public est toujours plus nombreux, plus varié. On peut faire deux sets. C'est différent, mais c'est une belle carte de visite.»

Né à Camagüey, Zaldivar a commencé l'étude de la musique à l'âge de sept ans, en piano et percussion. Il n'a jamais arrêté depuis. Au début de la vingtaine, il décide de venir s'installer à Montréal, auprès de son épouse, et de compléter ici son parcours universitaire (maîtrise à McGill).

Grâce notamment au saxophoniste Rémi Bolduc, Zaldivar a rapidement fait son chemin dans le milieu du jazz québécois. Mais sa progression rapide n'est pas due au pistonnage: le talent est là, entier dans cette touche fluide et ce discours musical où propositions rythmiques et harmoniques rivalisent de richesse.

Le jazz de Zaldivar n'est pas latin au sens propre, mais bien contemporain. Une distinction importante pour lui. «Chucho Valdés et Gonzalo Rubalcaba ont fait un très bon travail pour connecter le jazz et la musique latine, dit-il. L'image du jazz latin d'aujourd'hui, c'est un jazz marqué par la rythmique et un certain groove, sur lequel on applique une mélodie simple ou complexe, souvent avec des cuivres.»

«Moi, j'essaie de me concentrer à changer la forme, poursuit-il. J'expérimente. J'essaie d'établir des couleurs différentes, de changer les principes harmoniques et rythmiques, sans renier mes racines.»

Il cite le saxophoniste Wayne Shorter comme un modèle à suivre. «Avec son quartette, il peut t'amener dans n'importe quelle direction, il est toujours dans l'expérimentation, l'audace, la recherche.»

Et c'est par ce travail qu'il développera une voix singulière, croit-il. «C'est une longue recherche: il faut aller voir dans ses racines, puis à l'intérieur de soi, pour trouver quel message on a à dire. Avec quels mots, quelles notes, de quelle manière. Je recherche toujours cette vérité et je crois que ce sera toujours le cas.»

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Sur la Scène du Festival, demain à 19h et à 21h.

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