Catherine Durand, Renée Martel et Mara Tremblay aux FrancoFolies - Les enracinées de la chanson

Catherine Durand, Renée Martel et Mara Tremblay
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Catherine Durand, Renée Martel et Mara Tremblay

Carte blanche à Renée Martel demain à Maisonneuve, avec Mara Tremblay et Catherine Durand, entre autres. Mara au Club Soda jeudi. Catherine en solo aujourd'hui à l'extérieur, puis au Cabaret Juste pour rire avec Toutes les filles en fin de festival. Elles sont partout aux Francos, ces filles qui font de la chanson country-folk-pop. Ce n'est pas un hasard. Elles en parlent ensemble.

Autour de la table de la salle à manger, elles sont là, et je suis bien content. Catherine Durand à ma gauche, Renée Martel devant, Mara Tremblay à ma droite. Depuis le temps que je les voulais ensemble. Pas précisément chez moi, ça, c'est le cadeau, mais ensemble sur scène. Ça arrivera demain à Maisonneuve, dans le contexte d'une Carte blanche à Renée Martel qui aura aussi Annie Blanchard et Mario Pelchat pour invités. J'ai hâte, intensément hâte: je ne sens plus ma sciatique, à l'idée que Renée va harmoniser sur des chansons de Catherine et Mara. Telle Emmylou Harris avec Alison Krauss et Gillian Welch. Plus qu'une carte blanche, ce sera la soirée de la soro-rité country-folk-pop, toutes générations alliées.

«On en a souvent parlé», dit Renée Martel en regardant celles qu'elle appelle affectueusement ses «p'tites poupées de porcelaine». Pas très secrètement, depuis des années, je mène auprès des intéressées et de la Compagnie Larivée Cabot Champagne un lobby sans fin, dans le but suivant: que Renée Martel se joigne pour quelques soirs à la tournée Toutes les filles. Ce chouette bivouac de chanson country-folk-pop, où chacune chante avec l'une et l'autre ses propres chansons et celles des autres filles. Ce ne sera pas tout à fait ça à Maisonneuve, mais ça s'en approche. Il y aura cet esprit d'échange, promettent-elles. L'esprit de groupe des filles de la présente génération. «Aujourd'hui, constate Renée, si j'ai le goût de chanter avec Catherine ou Mara, même de chanter derrière Catherine ou Mara, je peux. Les occasions peuvent être créées. C'est devenu possible.»

Entendez: ces rencontres, que ce soit dans les festivals ou dans le cadre d'une tournée du genre de Toutes les filles — où Diane Tell s'est immiscée dans le party, une fois —, sont désormais encouragées, voire fomentées. Ça n'a pas toujours été vrai, tant s'en faut. «Ce n'était même pas pensable autrefois, rappelle Renée. Premièrement, les comédiens ne parlaient pas aux chanteurs, ça, c'était entendu. Les chansonniers ne parlaient pas aux chanteurs populaires non plus.» Elle regarde Catherine et Mara. «Écoutez ça, vous autres: pendant je ne sais pas combien d'années, la fille qui habitait en haut de chez moi, c'était Renée Claude. On ne se parlait pas. Jamais un mot dans l'ascenseur.» Mara et Catherine hurlent. J'ajoute que les compagnies de disques ont longtemps interdit les collaborations entre artistes de différentes étiquettes, au point que les artistes taisaient leurs petites visites: un George Harrison ne pouvait pas écrire dans son livret d'album qu'Eric Clapton avait joué de la guitare sur tel ou tel morceau. «On était leurs possessions, continue Renée. Pendant 30 ans, je n'ai pas pu chanter en duo avec quelqu'un d'autre que Patrick [Norman]. C'était ce qu'on appelait une exclusivité.»

Mara n'en revient pas. «Nous autres, c'est tellement le contraire. Si je suis dans la même ville que Catherine et que je n'ai pas un show le même soir, c'est sûr que je vais aller jouer avec elle.» Tout bonnement. «C'est devenu un besoin.» Renée: «Ce qui est tombé, c'est l'idée que les autres chanteuses menaçaient ta carrière. Qu'elles allaient prendre ta place au palmarès. Là, c'est moins une affaire de palmarès que d'amour commun de la musique. On est une famille de musique.» Catherine évoque Laurence Hélie, nouvelle arrivée de la scène country-folk contemporaine: «Elle a été ma choriste en spectacle, elle a chanté sur mon album Coeurs migratoires. Là, c'est moi qui suis sur son album à elle. Et c'est certain qu'on va se retrouver en spectacle [note: Laurence Hélie assure la première partie de Jeanne Cherhal, demain à L'Astral]. Je pense qu'on a plus de facilité maintenant à s'effacer et être au service des autres. Peut-être plus encore entre filles.»

La communauté country-folk-pop


Renée Martel souligne que Catherine Durand lui a non seulement écrit L'Humeur vagabonde pour son album L'Héritage, mais qu'elle est venue chanter et jouer en studio: «Dans le temps, on se serait même pas rencontrées. Le gérant aurait apporté le démo.» Mara: «Nous, ce qu'on développe depuis cinq-dix ans, c'est d'immenses amitiés. Une communauté. Moi, j'ai connu l'époque juste avant, et quand je jouais avec Les Colocs, c'était chacun son band. C'était pas mon band contre ton band, mais presque. Là, c'est des liens qui se tissent. Pas juste entre filles, c'est sûr, mais peut-être de manière plus durable entre filles. Des filles, ça tisse.»

Et si c'était la musique qui servait d'agent particulièrement liant? La chanson country-folk-pop, forte en voix entrelacées, accueillant sans problème tout un tas d'instruments naturellement compatibles — guitares acoustiques ou électriques, banjo, mandoline, dobro, violon, accordéon, pedal steel, etc. —, incite au feu de camp musical. On pense aux ateliers devant public d'auteurs-compositeurs aux États-Unis, les «Songwriters' Circle». On rêverait de l'équivalent chez nous. Explication de Catherine: «C'est peut-être parce que c'est la crise du disque, mais on vit vraiment une période de grand rapprochement musical et humain. Une solidarité. On ne peut plus tellement penser carrière, alors on se met en rond et on joue de la musique. Et la musique qui correspond le plus à ce rapprochement, c'est la musique acoustique de racines. Le folk, le country.» Et Mara de renchérir: «C'est la musique qui va avec le besoin de se retrouver, le besoin de sincérité. Il y a une profondeur, un côté essentiel. On a besoin de se sentir enracinées, on est les enracinées de la chanson.»

Solidaires, enracinées et... survivantes. On connaît les tragédies et traumas de l'incroyable vie de Renée Martel. Neuf années durant, faute de souffle, elle n'a pu chanter. Mara a été immobilisée pendant des mois par une hernie discale cervicale. «Je ne peux même pas imaginer ce que Renée a pu vivre, témoigne Mara. Quand c'est arrivé, je ne sentais plus mes doigts, c'était la panique. Plus jamais jouer? Plus capable de me tenir debout sur une scène? C'était effrayant juste d'y penser.» Renée complète le portrait: «Tu fais quoi quand tu ne peux plus être à la seule place où tu es vraiment bien? Gérante chez Yellow, pas vraiment...» Mara: «Je ne m'exprime pas autrement qu'en jouant de la musique. La scène, maintenant, je la mange, je la dévore.» Renée: «Sur scène, on est chez nous. Faut pas perdre ça.» Elles se tournent vers Catherine. L'intacte. Renée la grande soeur country lui prend la main (comme dans sa chanson Prends ma main): «Toi, fais attention.» Entre filles, il y a aussi ça en plus: la sollicitude.
1 commentaire
  • T. Julien - Inscrit 15 juin 2010 08 h 43

    Ceux qui chargent moins de $$$

    D'après ce que j'ai entendu, les Eric Lapointe et d'autres, SONT beaucoup trop "chérant" (coûtent cher) pour leur spectacle...