Le nouveau couscous de Rachid Taha

Connu pour sa voix rocailleuse, rageuse et parfois railleuse, le garnement du rock arabe modifie le cours de sa trajectoire et revient dire un bonjour tout simple ce soir au Métropolis: un bonjour qui invite au sourire et qui, comme celui de l'album qu'il a fait paraître avant les Fêtes, lui permet de pénétrer les voies de la chanson française et du country. Mais Rachid demeure Rachid. Seuls les ingrédients de son couscous ont changé.

Il acquiesce à l'analogie. Zappa avait dit: «Seuls ceux qui ont goûté le couscous peuvent comprendre ma musique.» Cette citation, Rachid la reprend à son compte sur plusieurs tribunes. «Enfin quelqu'un qui m'a permis de résumer ma création», reconnaît-il. Et l'album Bonjour, le plus récent chapitre de cette création, est réalisé en collaboration avec son ami Gaétan Roussel, celui de Louise Attaque, de Tarmac et du disque Ginger.

Rachid a-t-il eu lui-même envie d'un tel changement après une fructueuse complicité avec Steve Hillage? «Oui, je trouvais que j'avais trop de gras dans la musique et je voulais garder la bonne taille. J'ai cherché un nutritionniste, quelqu'un qui ne soit pas totalement producteur, mais qui sache me diriger. Gaétan est chanteur, et c'est un avantage pour moi. Je crois qu'il m'a fait progresser dans mon chant. Comme je n'aime pas toujours servir le même plat, cela me convenait bien.»

Le disque Bonjour ouvre avec Je t'aime mon amour, un couscous aux épices. Plus loin, si «Monsieur Rock el Casbah» ne perd pas complètement sa rage, sa voix devient moins râpeuse et se fera même parfois caressante: presque Douce France. Certains titres font même apparaître Rachid sur des rythmes sautillants ou des accents de folk et de country.

Y a-t-il eu un déclic pour le choix de ces nouvelles voies? «Non, répond-il. J'ai toujours baigné là-dedans et j'adore Elvis. J'ai grandi avec Kenny Rogers et Farid El Atrache, le western et Bollywood.» Mais ce Bonjour en français qui permet de tendre la main à la terre d'adoption est-il en lien avec l'actuel débat sur l'identité en France? «Absolument pas. Je trouve qu'il n'y a rien de sympathique à ce débat. C'est un acte politique pour piquer les électeurs du Front national. Ils reculent. Moi, j'avance.»

Et il avance en se souvenant. Dans la pièce Mine Jaï, il s'adresse à son fils rappeur en lui demandant dans une forme de poésie rythmée en arabe d'où il vient et où il va. Il en explique le sens: «C'est une manière de dire que son identité est universelle. Elle vient du Beaujolais de sa mère et du couscous de son père.» Le père tente de guider le fils, avant de s'attaquer à un autre exercice de mémoire: la réalisation d'un troisième Diwan.

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Collaborateur du Devoir

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Rachid Taha: Bonjour