Musique classique - Yannick Nézet-Séguin à Philadelphie!

Yannick Nézet-Séguin
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Yannick Nézet-Séguin

Le chef québécois Yannick Nézet-Séguin sera nommé aujourd'hui nouveau directeur musical de l'Orchestre de Philadelphie, selon les informations obtenues par Le Devoir.

Yannick Nézet-Séguin accède ainsi à l'âge de 35 ans à la tête de l'un des «Big Five» américains; une vraie consécration. Son mandat débutera en septembre 2012.

On va beaucoup débattre, ces prochains jours, sur le fait que les chefs prometteurs accèdent à des responsabilités musicales très importantes à un âge pour le moins précoce. C'est, il est vrai, un phénomène mondial, notamment depuis la percée fulgurante du Vénézuélien Gustavo Dudamel. Ce n'est pas à l'orchestre de Philadelphie qu'il faut jeter la pierre pour cela: Leopold Stokowski avait 30 ans, en 1912, en entamant son mandat et Eugène Ormandy le même âge que Nézet-Séguin lorsqu'il fut nommé. Le chef hongrois dirigea l'Orchestre de Philadelphie de 1936 à 1980. Son successeur fut Riccardo Muti, qui devint premier chef invité de l'Orchestre de Philadelphie à 36 ans avant d'en prendre la direction, à 39.

Redresser la barre


La longueur du mandat ainsi que le nombre de semaines de présence de Yannick Nézet-Séguin seront dévoilés aujourd'hui, mais il y a fort à parier que, quelle que soit la durée initiale, le mandat du chef québécois sera au long cours.

Car la priorité du tandem Philadelphie/Nézet-Séguin sera une véritable opération de reconquête. L'orchestre a perdu en lustre — mais pas en qualité! — depuis le départ de Riccardo Muti en 1993. Son successeur, Wolfgang Sawallisch, fut un maestro respecté, mais peu à même d'enthousiasmer les foules et de renouveler un public. Le successeur de Sawallisch, Christoph Eschenbach ne fit pas l'unanimité et fut pris en grippe par la presse et une frange de l'administration. Le fiasco se dénoua en 2008 par une séparation brusque. Depuis lors, Charles Dutoit assurait, si l'on peut dire, l'intérim, avec un contrat de quatre années en tant que chef principal, mais sans les prérogatives (notamment le choix des artistes invités) d'un directeur musical.

L'Orchestre de Philadelphie fait face à une crise financière grave. Le mandat de sa nouvelle directrice, Allison Vulgamore, outre la recherche d'un directeur musical, a été en premier lieu d'éviter la faillite. À la chute de la valeur du fonds de dotation se sont ajoutés des chiffres de ventes de billets très décevants et une campagne de financement rapportant la moitié du montant espéré, comme le relatait le New York Times en février dernier. Selon ce quotidien, le déficit de la saison pourrait atteindre 7,5 millions de dollars pour un budget annuel de 47 millions.

Deux camps

Yannick Nézet-Séguin est en course pour le poste de directeur musical depuis ses débuts à Philadelphie en 2008. Dans Le Devoir du 31 décembre 2009, nous indiquions que sa seconde présence, quelques semaines plus tôt, avait provoqué un clivage entre les décideurs: ceux qui souhaitent une nomination rapide du Québécois, qui a glané dans le métier le titre de «second hottest young conductor» derrière Gustavo Dudamel, et ceux, plus dubitatifs, qui craignaient une décision hâtive basée sur la mode de l'heure. Les premiers l'ont donc emporté. Le signal est fort: il s'agit de provoquer un électrochoc rapide, pour faire tourner le vent de la crise.

La nomination du chef québécois doit sans doute beaucoup au pouvoir, qu'on lui prête, d'attirer un nouveau public. Peut-être espère-t-on aussi qu'il parviendra à amener avec lui de nouveaux donateurs. À cet égard, on rappellera sa présence au Metropolitan Opera, le 31 décembre dernier, dans une nouvelle production de Carmen commanditée par Jacqueline Desmarais, membre du conseil d'administration de l'institution. Tant Yannick Nézet-Séguin que l'administration du Met avaient nié toute relation de cause à effet. Le chef a été réengagé par le Met pour plusieurs productions dans les années futures.

Yannick Nézet-Séguin, qui vient, en avril, de renouveler son contrat à Rotterdam jusqu'en 2015 et reste premier chef invité de l'Orchestre philharmonique de Londres jusqu'en 2014, en plus de la direction de l'Orchestre métropolitain, devra réduire de façon importante ses activités de chef invité. Mais de ce point de vue, il a déjà fait la tournée des grands-ducs, qui a abouti à la tête du Philharmonique de Vienne en début d'année et le mènera bientôt è diriger le Philharmonique de Berlin. Son ascension en Amérique du Nord a été particulièrement fulgurante. Chez nos voisins du sud, son nom était à peine connu lorsqu'il fut nommé à Rotterdam en décembre 2006. Il est aujourd'hui à la tête de l'une des cinq plus grosses institutions symphoniques du continent.

L'Orchestre de Philadelphie avait essuyé les refus de ses deux candidats rêvés, Simon Rattle — occupé à Berlin — et Vladimir Jurowski, dont l'agenda est plein jusqu'en 2015. Dès lors, le chef québécois était le mieux placé.