22e FrancoFolies de Montréal - Gaëtan Roussel se réinvente

«Dans Louise Attaque, dans Tarmac, le casting était défini, immuable. Là, j’ai pu cogner à d’autres portes», dit Gaëtan Roussel.
Photo: Agence France-Presse (photo) «Dans Louise Attaque, dans Tarmac, le casting était défini, immuable. Là, j’ai pu cogner à d’autres portes», dit Gaëtan Roussel.

Quoi? Déjà les FrancoFolies de Montréal? Déménagé en juin pour sa 22e édition, le festival prend déjà son envol ce soir avec quelques concerts en salle, avant de se déployer pour de bon dès demain sous les étoiles montréalaises, et ce, jusqu'au 19 juin. Les Français ont la belle part dans cette programmation, les organisateurs ayant entre autres attiré en ville Emmanuelle Seigner, Jacques Higelin, Miossec, Rose et Jean-Louis Murat. Le Devoir lance le bal en vous présentant Gaëtan Roussel, chanteur de Louise Attaque et de Tarmac, qui vient présenter son excellent premier disque solo.

Cette voix au bout du fil, pas moyen de se tromper, c'est celle de Gaëtan Roussel. C'est celle qui menait le folk-rock du groupe français Louise Attaque, celle un peu nasillarde, des fois cassante, qui a chanté Léa et J't'emmène au vent il y a déjà... 13 ans. C'est aussi celle qui a pris des avenues plus douces avec le projet parallèle Tarmac, un terrain de jeu partagé avec Arnaud Samuel, son collègue de Louise Attaque.

Le Parisien est dans une forme resplendissante, rieur, franc, bavard, bien content de venir présenter son premier disque solo, Ginger, qui révèle un côté de lui que nous connaissons peu, plus dansant et plus électronique. Roussel garde aussi son côté plus tendre, avec des ballades d'une grande beauté, proche de son travail avec Tarmac.

«Ce qui a déclenché mon envie de faire un projet solo, ce sont les collaborations que j'ai faites depuis trois ans, depuis que Louise Attaque est en sommeil, raconte Roussel. Avant, je n'avais pas croisé cette envie, je ne me suis jamais senti à l'étroit dans le groupe.»

Le parolier et guitariste n'a pas travaillé avec de petites pointures. Le Bonjour, de Rachid Taha, c'est lui. Le morceau Il y a, de Vanessa Paradis, c'est aussi lui. Et, surtout, c'est Bleu pétrole, ultime disque du regretté Alain Bashung, pour qui il a signé plusieurs pièces. «C'était la première fois que j'écrivais pour un autre artiste, la première fois que j'étais partie prenante de la réalisation d'un disque qui n'était pas le "mien", ça m'a émancipé, raconte Gaëtan Roussel. Petit à petit, c'est devenu un sas de décompression et j'ai pu créer une troisième aire de jeu, plus personnelle.»

Seul, mais pas si seul

Paradoxalement, pour son premier disque portant son nom, Gaëtan Roussel a décroché le téléphone et s'est entouré de plein de musiciens, amis ou inconnus, qui sont venus l'aider, le provoquer dans ses habitudes, modifier ses pièces. «Dans Louise Attaque, dans Tarmac, le casting était défini, immuable. Là, j'ai pu cogner à d'autres portes.»

Le Français a entre autres fait appel à Gordon Gano, de Violent Femmes, à Renee Scroggins, du groupe punk et funk ESG, à Tim Goldsworthy, de la maison de disque dance-punk DFA (LCD Soundsystem) et à Julien Delfaud (Phoenix, Herman Düne). «Je n'ai pas eu envie de faire un disque tout seul dans mon coin, recroquevillé, mais plutôt d'aller à la rencontre de ces gens-là, qui n'ont pas nécessairement la même culture musicale que moi. C'était mon travail ensuite de faire en sorte de ne pas perdre l'idée première, de garder le cap.»

Roussel explique aussi sa tangente plus dansante en faisant la liste de ses récentes écoutes musicales. Il cite entre autres Beck et Damon Albarn (Blur, Gorillaz), «qui dégagent tant de liberté qu'on se dit que c'est possible pour nous aussi», et aussi du vieux matériel sorti de sa discothèque, comme les Talking Heads ou Big Audio Dynamite, le projet post-Clash de Mick Jones.

Des airs anglos

Toutes ces influences anglophones, forcément, ont déteint un peu sur les textes du Français. Mais il se défend bien de succomber à la tentation de la langue de Shakespeare, comme l'ont fait quelques-uns (voire beaucoup) de ses compatriotes. Sur Ginger, certains refrains et les pièces mettant en vedette ses invités sont bien sûr en anglais, mais le noyau des textes est en français.

«Je ne fais jamais de tour de chant en anglais, explique le chanteur, qui a déjà tenté l'espagnol avec Tarmac. L'idée n'était pas de faire de la musique en anglais, mais de m'appuyer sur de nouvelles manières pour redéfinir un peu l'architecture de la chanson, la décaler. Et ces choeurs en anglais m'ont aidé, c'est de l'ordre du rebond, de la matière sonore, de la texture. Mais je ne saurais pas choisir les mots en anglais pour exprimer ce que j'ai envie d'exprimer.»

Demain, au Club Soda, Gaëtan Roussel sera encore une fois entouré de plein de monde, sept musiciens pour être précis. Les claviers, les choeurs, les percussions, tout y sera, question de rester assez fidèle à l'album. «C'est un disque électro et pop, mais là, il n'y aura pas d'échantillonnage, les sons seront différents. C'est le rock qui prendra un peu le pas, c'est comme ça que je préfère vivre la scène.»
1 commentaire
  • André Loiseau - Abonné 10 juin 2010 12 h 01

    Francofolies chétives et pragmatisme anglophone


    Il est certain que le passage en mode anglaise des compositeurs francophones fera perdre du prestige aux artistes européens français qui nous semblent, de ce fait, moins sympathiques pour des motifs politiques évidents chez nous. Il nous semble qu'un phare puissant de notre langue soit laissé de plus en plus sous le boisseau des bonnes affaires parisiennes.
    Dans un autre créneau, et puisque l'on discute affaires, je suis abasourdi (sur le cul) de constater les largesses absurdes du gouvernement Harper pour favoriser l'ami ontarien alors qu'on oblige le Québec (plus rebelle) à "manger ses bas" avec un budget chétif lors des Francofolies (qui s'additionne à toutes les autres coupures d'intérêt général mais de grande importance).
    Dans sa sagesse opportuniste, Harper favorisera toujours la majorité anglophone du Roc et de plus en plus depuis qu'il connait son rejet par les lucides voteurs québécois.