Concerts classiques - Beaucoup plus qu'un concours

Pour la première fois, hier soir, j'ai senti l'ivresse de ce que devaient être les Concours Tchaïkovski ou Reine Élisabeth des grandes années, par exemple Bruxelles 1967 avec Philippe Hirschhorn, Gidon Kremer et Stoïka Milanova. Le niveau de l'édition 2010 restera dans l'histoire du Concours musical international de Montréal.

Ce second soir nous présentait trois musiciens aux profils différents. Kyoko Yonemoto est une excellente violoniste qui ne m'avait pas impressionné musicalement, par exemple dans sa Sonate de Ravel. Son choix du 1er Concerto de Paganini est donc parfait, puisque ce n'est «que» du violon. Mais quel violon! Yonemoto a confirmé ses qualités de virtuose et surtout l'étonnant impact sonore, avec une couleur ronde, puissante dans les graves. Elle n'a rien à envier au Russe Borisoglebski.

L'Américain Noah Bendix-Balgley a le même profil sonore et la même suprématie technique que Borisoglebski et Yonemoto. Il avait un gros coup à jouer après l'écoute des deux Brahms ennuyeux de mardi, en imposant un 1er mouvement vraiment Allegro non troppo et un cantabile fluide dans le mouvement central. Mais rien de cela. L'impérial Bendix-Balgley est resté ce qu'il est depuis le début: un impeccable musicien de la vieille école qui joue le plus classiquement possible sans avoir l'air d'y prendre plaisir. Par contre, Jean-Philippe Tremblay a donné au premier volet le punch qui manquait mardi. Il faut souligner que le tandem Tremblay-Métropolitain fut de très loin le plus probant accompagnateur depuis le début de la compétition en 2002.

Borisoglebski, Yonemoto et Bendix-Balgley? Presque blanc bonnet et bonnet blanc, sauf que le Russe est monté en puissance alors que les deux autres ont été à leur apogée dans le 1er mouvement de leur concerto. Des trois je préfère Bendix-Balgley, mais, bien sûr, je privilégie et accorde plus d'avenir à Benjamin «aimé des dieux» Beilman.

Korbinian Altenberger est le grand musicien du lot. À sa Sonate de Ravel en quart-de-finale, son Enescu de la demi-finale on ajoutera le 1er Concerto de Chostakovitch, lunaire, fantomatique, décliné en mille nuances entre le pppp et le mf. En tant que violoniste, Altenberger est un cran en-dessous: le son est plus émacié, la corde de sol un peu creuse. Mais surtout, il ne peut se retenir de taper du pied. Comme c'est un concours de violon et pas de claquettes c'est quelqu'un d'autre qui devrait l'emporter.

Après la rédaction de ce compte-rendu, le jury a fait part de son verdict. 1er prix: Benjamin Beilman. 2e prix: Korbinian Altenberger. 3e prix: Nikita Borisoglebski.
1 commentaire
  • Guy Bonenfant - Abonné 3 juin 2010 08 h 36

    Un grand concours

    De l'avis des mélomanes présents et de certains membres du jury, il n'était pas facile de départager les concurrents de la finale, tant le niveau d'éxécution était élevé. Le choix de Beilman, comme 1er prix, est mérité amplement selon moi, même s'il a du se frotter à des excellents Borisoglebski et Bendix-Balgley. Il demeure que c'est tout le public mélomane qui est gagnant de ces admirables prestations et que le Concours de Montréal se classe parmi les concours où il est valable d'y figurer.
    Guy Bonenfant, simple mélomane