Exile on Main St.: la réédition de l'album-culte des Rolling Stones

Charlie Watts, Mick Jagger et Keith Richards ont assisté le 11 mai, au Musée d’art moderne de New York, à la projection d’un documentaire sur l’enregistrement de l’album mythique du groupe britannique Exile on Main St. (1972), avant la sortie de sa version remastérisée.
Photo: Agence France-Presse (photo) STAN HONDA Charlie Watts, Mick Jagger et Keith Richards ont assisté le 11 mai, au Musée d’art moderne de New York, à la projection d’un documentaire sur l’enregistrement de l’album mythique du groupe britannique Exile on Main St. (1972), avant la sortie de sa version remastérisée.

On dirait une sortie de nouvel album. Les Stones sont en mode blitz médiatique planétaire, à l'occasion de la ressortie de leur cultissime double album de 1972, j'ai nommé Exile on Main St., disponible en diverses configurations et prix assortis: on a depuis mardi en magasin le choix entre le CD double avec 10 titres en sus, le CD double avec DVD documentaire, ou encore la totale CD + DVD + vinyle 180 grammes + livre de 50 pages. Les fans jubilent et les spéléologues exultent: ces derniers n'avaient pas exploré les gouffres, gorges et reliefs crevassés des sieurs Jagger et Richards depuis la fin de la dernière tournée, en deux mille combien déjà?

Revoilà donc nos Glimmer Twins — c'est leur nom de tandem — et ce bon Charlie, plutôt émacié et lisse, lui, gratifiant de leur présence rock'n'royale un lancement événementiel au Museum of Modern Art de New York, multipliant les entrevues et les apparitions à la télé. Il faut voir sur le site de l'émission Late Night with Jimmy Fallon le petit jeu de «pour ou contre la réédition d'Exile» auquel se sont prêtés, hilares et hilarants, nos compères. Jusqu'à ce jet-setter indécrottable de Mick que l'on croise opportunément sur la Croisette: le docu du DVD est projeté au festival.

Tout ça pour une réédition? Ils n'en avaient pas tant fait pour l'équivalente ressortie grand luxe de Get Yer Ya Ya's Out, disque-document de la tournée 1969. Pourquoi ce coup-ci? Le seul statut mythique d'Exile ne suffirait pas à faire sortir ce casanier de Charlie de son médiéval pied-à-terre à Lewes. Alors? Alors les Stones font tout ce plat parce que c'est présentement leur seul plat cuisiné. Faute d'un nouvel album, Exile tient lieu de nouvel ancien album. D'ailleurs, ils jouent dessus. Entendez: les Stones d'aujourd'hui ont ajouté des pistes à celles que couchèrent les Stones de 1972 lors des sessions légendairement chaotiques dans la désormais fameuse villa de Villefrance-sur-Mer. Non, pas sur les sacro-saints 18 titres d'origine du double vinyle: c'est du côté du CD supplémentaire que ça se goupille.

Hérésie? Non. Franchement, faut le savoir, ou alors posséder l'un ou l'autre des bootlegs de sessions non retouchées: Keith gratouille sa sèche ici et là, Mick a réenregistré des voix, on a coupé dans le gras de versions qui n'en finissaient plus de finir. Les choristes des récentes tournées ont fait comme si elles étaient les choristes d'époque dans la ballade-fleuve Following the River, le rock sudiste Plundered My Soul et la latiniste distinguée Pass the Wine (Sophia Loren). Plus notable, on a rapatrié Mick Taylor, le guitariste soliste de ces années fastes, lui-même en exil des Stones depuis 1975, le temps de quelques solos à sa fluide manière.

On a bien fait. On n'est pas chez les Beatles, où le groupe changeait d'univers à chaque enregistrement, rendant toute intervention subséquente absurde. Une guitare de Keith est une guitare de Keith, en 1972 comme aujourd'hui. Mick s'imite sans problème. Question plus cruciale, considérant qu'une réédition très potable existait déjà d'Exile: que valent les morceaux ajoutés? On constate: les fonds de tiroirs des Stones de 1972 valent tous les albums des Stones d'après 1980, mis ensemble. Et moult disques de compétiteurs. I'm Not Signifying est un vrai blues de piano salace, Following the River, une ballade immense, la prise de Loving Cup avec Keith tout seul est une joie pure, mais l'intérêt décline quand on en vient à réécouter l'autre CD: Exile même. On mesure l'écart, vertigineux. Good Time Women est une chouette curiosité, mais on comprend pourquoi la chanson, décélérée, récrite, est devenue en Tumbling Dice un classique des Stones. Les morceaux révélés servent surtout à clore un vieux débat: oui, on avait gardé les 18 bonnes.

The Rolling Stones: Following the river