Concerts classiques - Afiara, le bon choix

Au Festival de musique de chambre, un concert prévu pour 20h commence en général vers 20h15, après une série de palabres plus ou moins promotionnels. On peut trouver que ces futilités flattent une proximité avec les auditeurs. Mais cela peut aussi être perçu comme un boniment de forain incitant à aller voir la femme à barbe. Pour ma part, je n'ai que faire des enceintes Totem, des billets de loterie et de l'information visant à nous apprendre que la violoniste échange des fluides corporels avec le pianiste!

Ladite violoniste, consciencieuse, n'a pas un grand instrument de concert et son terne violon ajoute aux teintes monochromes de sa Romance, moment de poésie transformé en interminable bluette. Heureuse initiative: les Bagatelles op. 47 sont interprétées avec l'harmonium prévu par Dvorak et dans leur intégralité (cinq mouvements plutôt que les quatre indiqués dans le programme). Joli moment aux teintes savoureuses grâce à un harmonium en miraculeux état. Suivent, avant la pause, quatre — et non trois — Danses slaves pour piano à quatre mains et pas celles indiquées. L'Opus 72 no 2 commence et l'Opus 72 no 5 s'insère entre les deux de l'Opus 46. Kevin Louks et Stephen Prutsman s'y amusent bien sur un piano un peu clinquant et court en graves. C'est festivalier et entraînant.

Le grand moment vient après la pause et nous offre la révélation majeure d'un jeune quatuor canadien de niveau mondial. Le Quatuor Afiara a gagné le concours ARD des radios et télévisions allemandes, ce qui est gage de sérieux. Et on comprend vite pourquoi... Accompagnés par Stephen Prutsman, les Afiara ont empoigné le Quintette op. 81 de Dvorak avec puissance et hardiesse. Le Quatuor Afiara surpasse clairement le Quatuor Alcan, malgré les 20 ans d'expérience de ce dernier, notamment parce que l'altiste des Afiara est incommensurablement supérieur à celui des Alcan.

La violoniste Valerie Li et l'altiste David Samuel se font face, et l'arc musical déclenché est impressionnant. Le violon d'une précision au laser de Valerie Li est non seulement remarquable, mais aussi très beau. Le violoncelliste, Adrian Fung, un musicien ludique, est un idéal partenaire, alors que Yuri Cho, second violon, suit avec à-propos.

J'imagine qu'en raison de la domination irradiante de Li, les oeuvres qui misent sur une joute entre les deux violons sont celles qui, pour l'heure, posent le plus de problèmes à ce jeune Quatuor qui pourrait bien hisser le Canada au niveau des Tchèques en la matière. Il vous reste le concert du 26 mai et le marathon Brahms du 29 pour découvrir Afiara.