Donald Lautrec au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts - Splendeur et paix!

Ç'a démarré exactement comme il fallait. Donald Lautrec s'est amené mardi sur la scène du théâtre Maisonneuve comme il s'amenait chaque vendredi soir au beau milieu de la Plaza Alexis-Nihon pour les enregistrements devant public du Donald Lautrec Chaud. Avec la même chanson formidable: Alléluia (les fleurs du soleil). Jouée à l'identique, puissance 10. Derrière lui, en projection, les danseuses à gogo de l'époque se déhanchaient. C'était parfait. C'était le même Lautrec, électrisant et moustachu comme en 1970. «Il faut faire éclater le bonheur au grand jouuuuuuuur!»

Soulevé, j'étais soulevé. Et soulagé. La chanson qui suivait avait beau provenir du très navrant À jamais, retour de Lautrec sur disque après une retraite étalée sur dix-huit trous et trois décennies, c'était pas grave. Les reprises malvenues d'Un peu d'innocence et de Salut les amoureux non plus. Après Alléluia, Lautrec ne pouvait plus décevoir. Le bail d'amour avec les fans était renouvelé. Anciennes adolescentes de Jeunesse d'aujourd'hui, vieux tripeux de pop psychédélique québécois dans mon genre, jeunes habitués des soirées C'est extra! qui ne demandaient qu'à danser le ska, on aurait tous et toutes le Lautrec voulu.

Et plus. Quand il a donné Cinq heures du matin, un 45-tours de 1971, adaptation d'une fabuleuse chanson du groupe pop psychédélique Aphrodite's Child, ça dépassait la commande du vieux tripeux. Jusqu'où irait-il pour me faire plaisir? Il a été jusqu'à montrer sur grand écran des publicités télé des années 1960 et 1970 le mettant en vedette, clin d'oeil plus que savoureux. Lautrec au second degré. Mieux? Moi qui redoute le pot-pourri comme la peste bubonique, j'ai été comme tout le monde: gagné, vaincu, totalement eu par le formidable enchaînement de 12 succès en fin de première partie. C'est qu'il les a jouées chacune juste assez longtemps pour que ça compte: on a pu danser le loop de loop dans Loop de loop, le ska dans C'est le ska, le jerk dans Loin dans ma campagne. Maisonneuve en party de sous-sol d'église.

J'aurais évidemment remplacé quelques mauvaises nouvelles chansons en deuxième partie par des versions complètes d'Un jour, un jour ou de Tu dis des bêtises, mais ce serait chipoter. Le doublé de la fin était trop géant. D'abord Éloïse, avec ses grands coups de poing d'orchestre. Pan!pan! Et puis Hosanna, avec les choristes et la salle qui scandaient: «Paix!» Et Lautrec qui répondait: «Splendeur et paix! Ouais!» Immense. À deux mois de fêter ses 70 ans, Lautrec aura accompli l'exploit: soutenir la comparaison avec le Lautrec d'avant.