Musiques du monde - À la découverte d'un grand

Ustad Shahid Parvez Khan
Photo: Maison de la culture frontenac Ustad Shahid Parvez Khan

Ce soir, Ustad Shahid Parvez Khan se produira à la maison de la culture Frontenac et non à Wilfrid ou dans l'un de ces lieux mythiques où il livre son art à travers le monde depuis des années. Ustad qui? Shahid Parvez, pour simplifier. Ustad signifie maître, et on l'appelle aussi Ustadji. Plusieurs spécialistes de la musique classique indienne affirment qu'il est le plus grand sitariste vivant et l'un des plus importants de l'histoire. En fait, ils le chuchotent plus qu'ils ne le clament, par respect pour l'aîné Ravi Shankar ou pour la mémoire de Nikhil Banerjee ou Vilayat Khan, deux autres légendes du sitar du siècle dernier.

Le regretté Vilayat Khan était le grand-oncle de Shahid Parvez, et les deux incarnent le style Etawah Gharana qui fut développé par l'une des plus anciennes écoles de musique en Inde. En découle une grande tradition de sitaristes, dont le jeu s'inspire depuis sept générations de la musique vocale. Des genres comme le dhrupad, considéré comme le chant le plus ancien de l'Inde du Nord, et le khayal, celui des grands virtuoses, sont intégrés à la musique instrumentale.

«En Inde, on a longtemps considéré que l'interprétation la plus puissante provenait de la musique vocale, affirme Shahid Parvez. La musique instrumentale était limitée parce qu'elle n'avait pas assez de résonance et manquait d'effets vocaux. Mais ce n'est plus le cas. Aujourd'hui, on peut présenter un raga comme s'il provenait d'un chanteur.» Voilà pourquoi plusieurs observateurs ont affirmé que le maître possédait l'art de faire chanter les notes.

Mais la démarche de Shahid Parvez ne s'arrête pas là; il serait l'un des seuls sitaristes à avoir également marié au style Etawah Gharana (ou gayaki ang) les techniques du tantrakari ang qui s'appliquent aux touches de la main droite. «Cela permet de jouer plus vite et d'explorer toutes sortes de patrons rythmiques en jouant», explique le virtuose. À l'écoute, force est de constater la rapidité époustouflante aussi bien que la sensibilité de l'interprète. Au début de ses ragas, il peut décortiquer trois seules notes pendant plusieurs minutes. Mais il les traite avec tellement de profondeur qu'il parvient à faire pénétrer l'auditeur dans l'espace spirituel entre le son et le silence. Puis, dans une lente progression, il finira par faire entendre une véritable explosion de notes.

Initié à la musique par son père Aziz Khan, Shahid Parvez a commencé l'apprentissage de son art par la musique vocale et le tabla dès l'âge de trois ans, avant de poursuivre au sitar l'année suivante. Enfant prodige à huit ans, il offrait déjà son premier concert. Contrairement à Ravi Shankar, son nom n'est pas associé aux musiciens occidentaux. «Mon premier amour est d'être puriste, dit-il en rigolant. Si je demeure toujours ouvert à jouer sur scène avec de bons musiciens issus d'autres traditions, mes 150 disques ne renferment que de la musique hindustani.»

Ce soir, Shahid Parvez est accompagné par Subhajyoti Guha, réputé jeune tablaïste avec qui l'ustad joue depuis plus de cinq ans. Le concert est coproduit par le Centre culturel Kabir, le plus important diffuseur de musique classique indienne à Montréal, en collaboration avec le Sangeet Kala Kendra, l'école de musique et de danse menée par Shawn Mativetski, également tablaïste, et la danseuse de kathak Sudeshna Maulik. Ces deux artistes montréalais ouvriront avec le sarodiste Raja Bhattacharya cette soirée qui promet de riches moments.

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Ustad Shahid Parvez Khan avec Subhajyoti Guha
Première partie: Sudeshna Maulik, Shawn Mativetski et Raja Bhattacharya
À la maison de la culture Frontenac, samedi 15 mai à 19h30. Rens.: 514 467-3461 ou 514 931-0942.

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Collaborateur du Devoir