Concerts classiques - Fialkowska, après la commisération

La fatalité qui s'abat sur un artiste est chose intrinsèquement poignante: Rollando Villazon qui perd sa voix et semble très loin de la retrouver; le pianiste Leon Fleischer privé de sa main gauche; Ivo Pogorelich assommé par la douleur, entraîné dans une errance artistique; Janina Fialkowska atteinte d'une tumeur au bras gauche, qui se fait greffer un muscle et revient avec courage.

Mais il y a un moment, après un certain délai, où il faut retomber sur ses pieds, où réalité fait loi. Ce moment où, au bout du compte, la voix de Villazon ne sera bientôt plus bonne qu'à lui permettre de se remplir les poches en entonnant des chansons mexicaines, où les enregistrements de Fleisher se sont mis à tracer le portrait d'un fat musical et où un concert de Pogorelich est devenu le spectacle obscène d'une déchéance pathétique.

Quand, huit ans après son accident de santé, la biographie «officielle» de Janina Fialkowska parle davantage de maladie que de musique, c'est signe qu'il est temps de poser la «question qui tue»: est-ce intéressant d'aller voir Janina Fialkowska en récital aujourd'hui? Après un excellent disque Chopin, paru chez Atma, la probabilité que la réponse soit «oui» était forte. La soirée de lundi a, hélas, apporté une réponse contraire.

Le spectateur n'en a que faire que Mme Fialkowska joue très bien pour quelqu'un qui a eu un cancer du bras: on ne lui fait pas de ristourne sur ses billets au prorata des approximations et fausses notes! Heureusement pour l'organisateur du spectacle...

Il faut reconnaître à la pianiste une dose d'audace. Elle adopte souvent des tempos rapides, qui, tout aussi souvent, la submergent. En première partie, elle joue Mozart: une Fantaisie ô combien creuse pour un tel sommet de dramatisme et des Variations contrastées à l'excès. Elle n'a pas l'ombre de la poigne et des élans de Schumann dans son jeu raide et peu évocateur qui fait d'Eusébius, le poète, un eunuque de première.

La partie Chopin est meilleure, même si le nombre des accidents digitaux laisse à penser que nous sommes davantage en face d'une professeure que d'une récitaliste internationale. Je garderai en mémoire le beau Nocturne, le glas résonnant dans le Prélude n° 17 et le Scherzo, brouillon mais fou, plein du panache de quelqu'un qui jette toutes ses forces dans la bataille.