Arthur H à L'Astral : Comme un grand ping-pong

C'est le premier de ses deux soirs à L'Astral, après un spectacle à Trois-Rivières et un autre à Saint-Hyacinthe. Arthur H est en tournée mondiale au Québec. Dans son habit de mohair gris en ce lourd jeudi, Arthur luit comme une souris. Le grand piano à queue chatoie comme un manteau de velours noir. L'Astral brille comme un sou trop neuf. En face, le Spectrum ne brille pas du tout, avalant la lumière comme un grand trou noir trop béant, ce que le chanteur, très observateur, constate. «Je sais que j'ai contribué à sa destruction, en vibrant trop fort. J'espère bien faire s'écrouler cet endroit-ci.»

Nous rions fort, mais L'Astral ne bronche pas. Juste avant, Arthur a salué Lhasa sans la nommer, l'incluant parmi «ceux qui sont partis mais qui vivent à l'intérieur toujours». Lhasa brille comme une étoile dans le firmament du plafond.

Arthur joue une longue intro au piano. Très appliqué, avec la concentration d'un pianiste de concert classique et les belles oreilles d'Arthur H. Naît de cette rencontre Naissance d'un soleil, qui brille tout naturellement comme un soleil. Suit The Lady From Shanghai, qui a du Gershwin et du Hoagy Carmichael dans les arpèges, entre classique et ragtime, et qui brillerait dans la nuit chinoise si on n'était pas à Montréal. Arthur joue magnifiquement, très à l'aise dans son habit de pianiste solo, et chaque chanson est la révélation d'un bijou d'écriture et de composition, véritable feu d'artifice sans artifices: en vérité, Le Baiser de la lune, Adieu tristesse, Luna Park brillent de l'intérieur.

Arthur explique le phénomène. Si les chansons irradient ainsi, c'est parce qu'il est venu de l'avenir pour nous éclairer. «Je suis un homme du futur, et seconde après seconde, j'y retourne.» Et comme tout bon voyageur temporel, il pense plus vite que la lumière. Voyez comment Arthur résout la grande équation de l'univers en deuxième partie avec sa nouvelle chanson Les Trois Petits Nains: «La vie est comme un grand ping-pong / Un grand ping-pong / Oui c'est ça la vie.» Je profite de ce moment d'illumination pour quitter, franchement ébloui. Tout est dit, et en plus, on m'attend au journal.