Vitrine du disque - 30 avril 2009

GERSHWIN
Photo: GERSHWIN

Classique
GERSHWIN
«Gershwin by Grofé». Lincoln Mayorga, Harmonie Ensemble de New York. Harmonia Mundi HMU 907 492. Concerto pour piano, etc. Jean Yves Thibaudet, Orchestre symphonique de Baltimore, Marin Alsop. Decca 478 2189.

Deux CD se penchent sur Gershwin vu sous l'angle du jazz-band. L'orchestrateur et arrangeur Ferdé Grofé travaillait avec l'orchestre de Paul Whiteman. Le son canaille de cet ensemble nous est connu par des enregistrements d'époque. Grofé a oeuvré dans les deux sens, symphonisant la Rhapsody in Blue (dont il avait fait des adaptations jazz-band auparavant) ou jazzifiant les couleurs du Concerto pour piano. C'est ce dernier travail, inconnu jusqu'ici car interdit de diffusion par les héritiers de Gershwin, que Jean-Yves Thibaudet révèle. Hélas, car cette vulgarisation du concerto est un ratage absolu. Le reste du CD de Thibaudet est sympathiquement cool, mais c'est le CD Harmonia Mundi qui nous donne le vrai frisson et les vraies couleurs. New York années 1920, comme si vous y étiez!
Christophe Huss

Gershwin: Fascinating Rhythm


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Classique
URSULEASA
«Piano & Forte». Mihaela Ursuleasa (piano). Berlin Classics BC 1654 (distribution Allegro).
Cela s'appelle marquer son territoire. En une phrase, Michaela Ursuleasa justifie le titre de son CD, péremptoirement. Elle y attaque les 32 variations sur un thème original de Beethoven, comme on les a rarement entendues. Le programme est une réunion de coups de coeur. On y trouve les trois Intermezzi op. 117 de Brahms, Gaspard de la nuit de Ravel, la 1re Sonate de Ginastera et Joc Dobrogean de Paul Constantinescu. La pianiste roumaine de 32 ans est une artiste dont l'aura n'est sans doute pas à la hauteur de la personnalité, immense et intense. Ursuleasa sera à Lanaudière cet été et au Club musical de Québec la saison prochaine. Ce grand récital contient des moments extraordinaires qui valent qu'on s'y penche: les Variations de Beethoven; l'Intermezzo op. 117 no 2, qui semble résonner à l'infini; les diaboliques Ginastera et Constantinescu et, au-dessus de tout, un Gibet de Ravel glauque et livide.
Christophe Huss

Beethoven, 32 Variations en ut mineur


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Monde
EL SENTIDO DEL AIRE
Juan Carmona. Le chant du monde
Trois ans après la tentation symphonique, «el gitano francès», celui qui peut jouer tout aussi bien puro que nuevo opère un retour aux sources du flamenco tout en lui insérant des harmonies jazzy et parfois des percussions orientales. Carmona possède cette capacité de faire virevolter une note tout en douceur sans que l'essence ne soit altérée, et le mixage réalisé avec grande sensibilité livre parfaitement justice au grand créateur. Les claques de guitare sont fluides, même dans les élans de passion d'une solea. Plusieurs autres rythmes sont aussi abordés, de la buleria rythmique avec de forts passages percussifs, du tango plus léger, de la rumba festive et même de la ballade jazzy avec doudouk qui rappelle pourtant la valse manouche. Des invités de marques comme le chanteur Duquende ou le pianiste Chano Dominguez ponctuent le disque de déchirure ou d'élégance. Les deux se retrouvent à la fin de ce disque qui éclate de lumière.
Yves Bernard

Juan Carmona: La estrella que me guia


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Monde
Al Helem - Le Rêve
Artistes divers. Indépendant
Sous la direction musicale du percussionniste Joe Nachef, l'album accompagne le spectacle que la troupe de danse montréalaise Al Sahirat - Les Magiciennes a conçu pour son dixième anniversaire. Un disque autonome qui regroupe des musiciens accomplis: Nizar Tabcharani, l'excellent qanouniste de Backstrings et Joseph Khoury du Trio Sokoun, entre autres. Les artistes parviennent à transmettre le véritable esprit populaire du Moyen-Orient, celui qui, bien que raffiné, provoque l'accouplement d'instruments traditionnels avec la basse, le violon et le synthé qui joue en microtonalité. On explore en mode roots le dabke libanais qu'a popularisé la grande Fairouz, le samaï égyptien intime et aérien même avec des effets électroniques, les chants de la rue du chaabi, la rumba plus lente que la rumba, la mélopée sur des rythmes complexes et enflammés ou le violon qui improvise dans tous les mondes. À découvrir demain soir au centre Leonardo Da Vinci à 19h30, à Saint-Léonard.
Yves Bernard

Al Helem: Hannou El alb


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Roots
ROUNDER RECORDS
40th Anniversary Concert. Artistes divers. Rounder
Quarante ans, c'est plus qu'un chiffre rond pour Rounder: des années rondement menées par des insatiables de la tambouille de racines, nommément Ken Irwin, Bill Nowlin et Marian Leighton-Levy. Trois pattes-tendres du Massachusetts qui ne savaient rien de rien de l'industrie du disque, mais tout de la tambouille de racines. Leur recette? Organique: des disques de roots pour les tripeux de roots. C'est-à-dire fournir activement UNE frange d'acheteurs de disques. Ce qu'on appelle dans la langue asséchée d'aujourd'hui un marché de niche. Quelque 2000 parutions plus tard, galettes garanties bio de blues, zydeco, folk et tout ce qui copule dans le terreau fertile de l'Amérique non électronique, la bande à Rounder méritait bien un party corpo. Round 'em up! La suave Madeleine Peyroux (chantant Cohen), l'improbable tandem Robert Plant-Alison Krauss, l'as du banjo (et comédien) Steve Martin, tous se décarcassent pour l'occasion. La soirée se vit plus pleinement en DVD, mais en auto, le CD roule mieux.
Sylvain Cormier

Robert Plant et Alison Krauss: Rich Woman


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Bande sonore
GUNLESS
An Original Soundtrack by Greg Keelor. Greg Keelor. Warner
Greg Keelor est le desperado de la terre à Harper, le cowboy psychédélique from up north, le dernier chasseur de serpents à sonnette de ce côté-ci du 49e parallèle. Il est aussi le Lennon du vétéran et vénérable groupe folk-rock canadien Blue Rodeo (Jim Cuddy étant le McCartney): guitariste aux solos fêlés et inspirés, auteur-compositeur sombre et magnifique, chanteur au timbre glorieusement traînant. Vous comprendrez à ce portrait brossé d'après sa taciturne nature que lui revenait de droit divin la bande sonore originale du film Gunless. Un western de facture canadienne qui se passe dans le Far West de nos Prairies, avec tout le décalage ironique qui distingue le Canuck moyen de John Wayne. La musique est également un brin parodique, empruntant à Morricone autant qu'aux épiques trames des films de John Ford. Trompettes, grands violons, guitares à grandeur d'horizon, la totale. S'immisce néanmoins Keelor le sensible: Montana Kid - The Stand Off, chantée avec Cuddy, est d'une poignance rare.
Sylvain Cormier

Montana Kid: The stand off

1 commentaire
  • Juillet - Inscrit 30 avril 2010 16 h 03

    Au sujet de Gershwin

    J'aimerais attirer l'attention des amateurs de Gershwin sur un enregistrement de 2001 d'oeuvres de Gershwin chez OPUS 111/Naïve. Le disque s'intitule "Rhapsody in Blue" par le Jazzogène Orchestra, dirigé par Jean-Luc Fillon, avec Georges Rabol au piano. Réussite totale! Rabol a formidablement bien capté l'esprit Gershwin, surtout dans les "Trois préludes pour piano seul". La langueur du deuxième prélude et la pétillance de l'"Ouverture cubaine" donnent l'impression que Gershwin est vraiment présent. Et tout ça de la part d'Européens qui ont vraiment saisi toute l'américanité de Gershwin. Parmi mes dix meilleurs disques classiques de tous les temps!