Finale des 14es Francouvertes : Un concours en mutation

Le groupe Monogrenade
Photo: Michel Pineault Le groupe Monogrenade



À quelques jours de la grande finale des Francouvertes, qui aura lieu lundi au Club Soda, on peut dire sans se tromper que la 14e édition du concours musical a été fort belle, mais plutôt mouvementée. Si, dès le départ, la présence de la comète Bernard Adamus parmi les 21 participants avait fait tiquer les amateurs de musique émergente, qui jugeaient le guitariste trop connu, voici que les trois finalistes ont déjà paraphé des ententes avec des maisons de disques. L'organisation, elle, songe déjà à changer quelques règlements.

Cette année, la foule et les jurys de l'industrie — qui se partagent chacun 50 % du poids du vote — ont fait passer en finale Alex Nevsky, le groupe Monogrenade ainsi que Bernard Adamus.

Nevsky, un chanteur dur à cerner, aussi décalé que fleur bleue, a une entente en poche avec Audiogram (Pierre Lapointe, Ariane Moffatt). Il a déjà fait quelques premières parties pour Yann Perreau, qui l'a pris sous son aile. Le groupe Monogrenade, que la pièce Ce soir et son beau vidéoclip ont fait connaître aux férus de découvertes, fait un folk rock à la mode de Karkwa, tout en montagnes russes. La bande s'est entendue pendant le concours avec Bonsound (Radio Radio, Marie-Pierre Arthur). Quant à Bernard Adamus, recruté il y a plusieurs mois par Grosse Boîte (Tricot Machine, Coeur de pirate), il a déjà vendu quelques milliers d'exemplaires de son premier disque folk-blues de galerie, Brun.

La directrice des Francouvertes, Sylvie Courtemanche, est à l'écoute des critiques, tout en y voyant la preuve que la vitrine qu'elle propose est précieuse pour beaucoup d'amateurs de musique. «Personne ne doute du besoin ou de l'objectif des Francouvertes, mais y'a des gens qui remettent en cause une partie de notre façon de faire, précise-t-elle. C'est clair qu'on va modifier des choses, entre autres dans les critères de sélection. Mais ce n'est pas que le fait de cette année, c'est la goutte de plus qui nous a fait dire qu'il était vraiment temps qu'on s'ajuste.»

L'industrie de la musique se métamorphose à grande vitesse. D'une part, les maisons de disque sont davantage sur le terrain et sont plus «agressives», mais aussi, Internet a changé la donne. Si les ventes de disques chutent en partie à cause du téléchargement illégal, le Web permet par ailleurs de créer des engouements plus rapidement, et aussi de vendre la musique en ligne. Les Francouvertes refusent les inscriptions des artistes ayant vendu plus de 1000 exemplaires d'un disque au moment de la soumission du dossier, critère respecté par tous les participants. «Mais en ce moment, on ne tient pas compte des ventes sur Internet.»

Est-ce que le gros lot de 10 000 $ — plus une multitude de prix en tout genre — n'ira pas, au fond, dans les poches d'une maison de disques? Sylvie Courtemanche est catégorique: «Non. C'est un chèque qu'on fait à l'artiste, et jamais à la compagnie. Ce montant-là doit être rattaché à un projet artistique précis, avec un budget. Et en général, plus l'artiste investit dans son disque, plus il reçoit rapidement des redevances de la vente des albums.»

Au-delà de cette récente crise de légitimité, Les Francouvertes devront peut-être jongler avec une autre crise, financière cette fois. La radio satellite Sirius, principal commanditaire du concours au budget d'environ 300 000 $, n'a pas encore confirmé son financement pour l'an prochain. Et la directrice devra aussi faire sans un programme fédéral de 20 000 $ qui a été modifié et qui prive plusieurs concours de ce montant. «Pour l'instant, on est sur la corde raide. C'est notre 15e anniversaire l'an prochain, et j'avais quelques projets en tête, mais on les a mis sur la glace.»

***

-Au Club Soda, lundi 3 mai à 20h. Billet: 15 $, en vente sur Ticketpro et à la porte.