We Want Miles au Musée des beaux-arts de Montréal

Retrouvailles émouvantes: Miles après Miles... Erin Davis, fils de Miles Davis, a posé hier devant un des célèbres portraits de son père réalisé par le photographe Anton Corbijn en 1985. Le fils et plusieurs proches du trompettiste étaient à Montréal pour participer à l’ouverture de We Want Miles, la première exposition multimédia consacrée au musicien, présentée jusqu’au 29 août au Musée des beaux-arts de Montréal.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Retrouvailles émouvantes: Miles après Miles... Erin Davis, fils de Miles Davis, a posé hier devant un des célèbres portraits de son père réalisé par le photographe Anton Corbijn en 1985. Le fils et plusieurs proches du trompettiste étaient à Montréal pour participer à l’ouverture de We Want Miles, la première exposition multimédia consacrée au musicien, présentée jusqu’au 29 août au Musée des beaux-arts de Montréal.

En 1985, Erin Davis quittait pour la première fois son pays pour accompagner son père au Festival de jazz de Montréal, où s'est produit Miles Davis à quatre reprises dans sa carrière. «C'est en le voyant avec mon cousin Vince sur scène que je me suis dit: "C'est ce que je veux faire dans la vie!"» Vingt-cinq ans plus tard, le fiston Davis a renoué de façon émouvante avec un passé chargé de souvenirs, à l'occasion de l'ouverture de l'exposition We Want Miles au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).

Bouleversés mais heureux, les proches de Miles Davis ont retrouvé et même découvert la multitude d'objets et de documents rassemblés pour sonder l'univers musical du grand musicien. «C'est très émouvant de voir tout cela. Vincent Bessières [le commissaire] a même réussi à réunir des photos et des objets que nous n'avions jamais vus», a expliqué hier Erin, à propos de l'exposition parcourant les 60 ans d'une carrière menée à train d'enfer par son père.

Pour Erin Davis, ce retour à Montréal, deuxième escale d'une exposition créée à la Cité de la musique à Paris l'an dernier, prend tout son sens. «Être ici coule de source. Montréal accueille le meilleur festival de jazz en Amérique. C'est vrai que mon père n'aimait pas replonger dans son passé, mais il aurait été ébloui par ce qu'il y a ici», a commenté Erin qui, après avoir suivi les traces de son père, a posé ses valises pour devenir compositeur de musique de film.

Douche d'émotions aussi pour Vince Wilburn, neveu et batteur dans la dernière formation de Miles, et Wallace Roney, trompettiste perçu comme le poulain de Miles, arrivé hier avec sa trompette sous le bras. «Miles était mon héros, mon modèle. Il m'a légué son héritage. Il a changé la musique et n'a jamais cessé d'explorer», a dit Roney, campé derrière ses lunettes noires.

En parcourant les salles où sculptures et toiles — dont dix réalisées par Miles — servent d'écrin à l'oeuvre du trompettiste, le fils Davis a rappelé toute l'importance que tenait l'art dans la vie du musicien. Erin avait d'ailleurs souvent pour tâche d'aller chercher les tubes et pinceaux qui ont permis à son père de peindre quotidiennement durant les dix dernières années de sa vie. «Il aimait Dalí, Picasso, était un grand admirateur de Kandinsky et de plusieurs artistes contemporains comme Basquiat. Notre maison était pleine d'oeuvres d'art, a-t-il raconté hier. Nous avions une très bonne relation. Il me parlait de la vie, des femmes, des vêtements, mais ce n'était pas le papa "standard", qui apprend à son fiston à jouer au baseball.»

Plus que tout, selon Erin, Miles aurait adoré la dernière salle de l'exposition, qui présente les extravagants costumes de scène de Miles, aux côtés de ses toiles et d'une monumentale sculpture de Niki de Saint-Phalle, déplacée par camion de St. Louis, Missouri, pour l'exposition montréalaise. «Ces vêtements étaient très importants. En tournée, un jour, il m'a sermonné parce que je portais un sweatshirt dans le bus, raconte-t-il en rigolant. C'était important pour lui d'être toujours bien mis, quoi qu'il fasse et où qu'il aille.»

Depuis le début de la semaine, plusieurs ex-collègues de Miles sont d'ailleurs venus faire leur tour à cette exposition qui impose l'écoute, plus que la simple découverte visuelle. Marcus Miller, ex-bassiste de Miles, en a fait le tour trois fois et fut le dernier, mercredi soir, à quitter les salles. Pour Nathalie Bondil, directrice du MBAM, ces réactions sont la preuve que le parcours créé en hommage à la musique de Miles vise juste. «Dans cette exposition, la musique n'est pas une illustration, elle guide le contenu. Notre but était de rendre visible ce qui est invisible.»