Concerts classiques - Mathieu sous anesthésie

Comme si ce n'était pas vraiment sérieux, comme si Mathieu n'était qu'un épiphénomène, ce concert très couru n'avait été programmé qu'un seul soir et la création montréalaise du 4e Concerto d'André Mathieu avait été placée en première partie, avec Shéhérazade de Rimski-Korsakov comme clou du spectacle.

On pouvait s'en étonner, voire s'en ulcérer. Mais, au fond, est-ce si surprenant? Après tout le 4e Concerto de Mathieu n'est pas aussi gratifiant à jouer pour l'orchestre que Shéhérazade. Le moteur de la composition y est le piano, l'orchestre ponctuant une action assez séquentielle, en dehors des canons structurels courants.

Il n'empêche: il est possible de faire vivre la partie orchestrale bien mieux que ce que nous avons entendu hier soir. Kent Nagano a semblé tétanisé, ne ressentant pas le pouls de cette oeuvre, notamment celui des deux premiers mouvements: le premier, crispé, en mode panique à plusieurs reprises, face aux ruades de Lefèvre qui tentait de faire prendre la mayonnaise; le second, phrasé à plat, comme sous respirateur artificiel, sans cantabile.

Sans allant, sans générosité dans le son orchestral, l'oeuvre est apparue fragile et se délitait, longuette parfois. Il restait la fougue du soliste, mais pour la première fois, à l'orée même d'un ensemble d'événements le célébrant, je me suis demandé si Mathieu n'était pas le compositeur d'un seul homme.

S'il serait utile que Kent Nagano se paie Le petit Rachmaninov illustré, pour comprendre les flux du grand romantisme pianistique, il a bien maîtrisé Rimski-Korsakov, malgré un 3e mouvement inutilement alambiqué. Cette Shéhérazade restera dans les mémoires pour son efficace Finale et ses solos tous plus beaux les uns que les autres, le violon d'Andrew Wan en tête.

1 commentaire
  • Claude Coulombe - Abonné 11 mai 2010 15 h 44

    Lefèvre et Nagano, même combat...

    J'ai assisté à la création montréalaise du concerto no 4 de Mathieu, rediffusé sur les ondes de Radio-Canada, le lundi 10 mai.

    La performance d'Alain Lefèvre fut remarquable, mais celle du maestro Nagano le fut également.

    Je crois que le maestro Nagano devait faire preuve de retenue pour laisser toute la place au piano de Lefèvre. Il eut été singulier que l'orchestre enterre le prodigieux soliste.

    De plus, la partie orchestrale ayant été ajoutée par le chef Bellemare à partir d'indications laissées par Mathieu, le respect de l'oeuvre originale de Mathieu commandait donc une certaine retenue.

    Je lève mon chapeau à Lefèvre et Nagano pour ce concert mémorable qui rend hommage au génie d'André Mathieu.