Entrevue avec Arthur H - Récapituler sans capituler

Dans la foulée de son double album Mystic Rumba, Arthur H se produit demain et vendredi à L’Astral, à Montréal. En toute intimité, accompagné de son seul piano.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Dans la foulée de son double album Mystic Rumba, Arthur H se produit demain et vendredi à L’Astral, à Montréal. En toute intimité, accompagné de son seul piano.

La pile sur la table est à la fois modeste et impressionnante. Quatorze, quinze albums, j'ai pas compté. Son œuvre enregistrée. «Vingt ans de travail», lâche Arthur H, soulevant et soupesant les disques, examinant les tranches comme autant de couches sédimentaires. Je lui dis qu'au temps des 33-tours de 30 cm, les carrières semblaient littéralement de plus grande envergure. «C'étaient des carrières plus larges. Moins hautes, par contre.» Il éclate d'un grand rire qui secoue la carrière Miron qu'il a dans la gorge.

Au milieu de la pile, il y a Piano solo, document-témoin d'un spectacle de 2002 où Arthur H revisitait sa première décennie de chansons. Voilà qu'il remet ça en 2010: Mystic Rumba est aussi un disque de relectures piano-voix, récapitulatif sans capitulation, retour sans se retourner sur les chansons de sa deuxième décennie: six titres de Négresse blanche, autant d'Adieu tristesse, cinq de L'Homme du monde, deux de Pour Madame X. Plus quatre chansons inédites pour la bonne bouche, dont la très romantique Soleil d'hiver, une merveille. Double disque enregistré en studio, cette fois. Exprès. «Le live, c'est quand même toujours un témoignage. Une photo. Le studio, c'est un laboratoire. Et du coup, un lieu perturbant: tu peux vraiment te perdre dans les détails. Mais tu peux travailler le son comme tu en as envie. Et je voulais un son très caressant, très nourrissant, un son riche.»

Belle horlogerie que celle de l'homme à la majuscule. Ding! C'est la nouvelle décennie qui sonne. Dong! Il replonge. Tout nu avec ses chansons dénudées. «J'essaie une fois de plus de savoir qui je suis vraiment, même si c'est impossible.» Constat qui n'est pas tant que ça une lapalissade: Arthur H seul au piano en 2002 n'est pas Arthur H seul au piano en 2010. «J'ai quand même beaucoup appris. J'attaque le piano très différemment. Une implication physique. Je peux en jouer très doucement, et puis l'assaillir avec une belle violence. Sur scène, il y a des moments où j'improvise, où je me lance dans l'inconnu. Je n'ai plus cette distance, cette timidité, avec l'instrument, avec les gens.»

Il arrive des choses aux chansons, aux mélodies comme aux textes, quand un piano et une voix résonnent. Une certaine gravité. Même les airs a priori dansants pour danser touchent. «C'est vrai. J'ai remarqué moi-même qu'il y avait un côté poignant dans tout le disque. Ce n'est pas triste, mais il y a une légère mélancolie. C'est la poignante mélancolie des choses dont parlent les Japonais. Un cerisier en fleurs, c'est très joyeux, mais en même temps, tu sais que les fleurs vont se flétrir et que l'hiver va revenir.» Cela dit sur l'air de La vie c'est un grand ping-pong... (Les Trois Petits Nains, autre inédite).

Je lui demande s'il veut qu'on parle de Lhasa. Il veut bien. C'est à elle qu'il a dédié l'album: «Pour Lhasa / ma soeur de rêve / vivante dans mon coeur / tu m'as toujours inspiré / et tu guides ma voix.» Cinq mois après, il en est où? De longues secondes filent, il ne regarde nulle part. «Elle me manque beaucoup. Et je suis en manque de son inspiration. C'est égoïste, mais c'est la seule artiste avec qui j'avais des conversations profondes et précises sur ce qu'on essaye de faire.»

À nouveau une pause. Qui dure une petite éternité. «La dernière chose qu'elle m'a apprise, c'est à pleurer. On a tous pleuré des rivières de larmes. C'était son dernier cadeau.» Il sourit. «C'était un petit guerrier, Lhasa. Elle a combattu son cancer sans jamais perdre son humour. Pour elle, c'était une sorte de blague cosmique. Une blague terrible, atroce, mais une blague. C'était vraiment quelqu'un de très fort. Voilà.»

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Artur H: Les trois petits nains