Susana Baca en porteuse universelle

À Montréal, Susana Baca livrera des titres de Seis poemas, de même que ses classiques et de nouvelles pièces.
Photo: Susana Baca À Montréal, Susana Baca livrera des titres de Seis poemas, de même que ses classiques et de nouvelles pièces.

Elle a offert son monde afro-péruvien à la planète entière et s'arrête samedi soir à L'Astral. Toute en retenue, Susana Baca incarne ce mélange de tendre élégance, de chansons plaintives et d'engagement culturel. Ignorée dans son propre pays pendant quelques décennies, elle fut révélée sur la scène internationale en 1994 par la compilation de David Byrne The Soul of Black Peru. Depuis, elle ne cesse de profiter de toutes les tribunes pour faire reconnaître l'esprit de ses ancêtres. Et elle sait aussi s'ouvrir aux paroles intemporelles ou aux nouvelles tendances de la musique de tout un continent.

Hommages divers

L'automne dernier, elle a fait paraître Seis poemas, un mini-album de six pièces dénudées et pourtant exploratoires par moments. De l'improvisation musicale qui se marie aux rythmes afros, des tempos arythmiques, de la chanson livrée sans percussion ou avec un simple charango: tout en acoustique, la création est un hommage à la musique de la grande Chabuca Granda, l'icône des années 60, celle-là même qui lui a ouvert toutes les portes. «En chantant tout le pays, elle fut l'une des premières Blanches péruviennes à rechercher un véhicule pour les artistes afros, allant même jusqu'à composer landos et marineras. Elle m'a pris sous son aile, moi qui venais d'un endroit très humble, et a mis à ma disposition ses livres et ses disques», se rappelle Susana Baca.

Sur son lit de mort, Chabuca Granda lui avait dit: «Ne m'oublie pas, chante-moi!» Susana a retenu le message. En 2007, elle a gravé au Pérou le répertoire de Seis poemas qu'elle avait préparé il y a vingt ans. Elle avait commencé dans les parcs et sur les plages lors des récitals de poésie. Elle chantait alors a capella les mots des auteurs qu'elle chérissait. Sur le mini-album, qui est peut-être sa production la plus politique, elle interprète du García Lorca et trois titres de Javier Heraud, un auteur péruvien méconnu. Dès les années 60, il était en mission: «faire la révolution pour rendre le Pérou plus démocratique et permettre aux gens de manger à leur faim», explique Susana Baca. Quelques titres de Seis poemas en témoignent: El bosque armado, El fusil del poeta et Un cuento silencioso.

À Montréal, Susana Baca livrera des titres de Seis poemas, de même que ses classiques et de nouvelles pièces. Les projets ne manquent pas: «Je prévois une collaboration prochaine avec les rapeurs portoricains de Calle 13, de même que la sortie d'un disque consacré à l'oeuvre de Bola Nieve avec Omar Sosa, une collecte dans tous les villages de ma région natale et la formation d'un duo avec une chanteuse lyrique.» L'ambassadrice afro-péruvienne est également une véritable porteuse universelle.

Susana Baca: El Bosque Armado

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À L'Astral, samedi 24 avril à 20h
Renseignements: 514 288-8882

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Collaborateur du Devoir