Concerts classiques - En deux temps

Quel crève-coeur de voir le concert des Boréades, le salon des compositeurs du Quatuor Bozzini, le premier concert du Festival Chopin et la soirée inaugurale du cycle Théodore Dubois se faire concurrence le même soir!

L'hommage au compositeur français délaissé, mais tiré de l'oubli par l'enthousiasme des interprètes québécois, s'étend sur trois soirées. La première présentait comme curiosité majeure une réduction pour piano à quatre mains d'une Symphonie française, oeuvre inconnue, composée en 1908, après le départ du Conservatoire de Paris que Dubois dirigea de 1896 à 1905.

Comme si Théodore Dubois (1837-1924) était le plus connu des musiciens, les promoteurs du spectacle avaient innové en matière de notes de programme, avec des notices biographiques kilométriques et pas un (!) mot sur les oeuvres. Ne parlons pas du texte des mélodies...

Cela vaut mieux pour le cycle Chansons de Marjolie, sur des poèmes de Louis De Courmont, dont les paroles suintent la niaiserie. La musique coule, évanescente et inessentielle, défendue par une chanteuse qu'on nous a dit «indisposée par un vilain rhume», ce qui explique sans doute le vibrato et les intonations basses... La Sonate pour violoncelle a été lue, plus qu'interprétée. Le second mouvement à variations est laborieux et le Finale du genre folklorisant plaisant mais creux.

Concert en deux temps, heureusement, avec un radical changement de portée après la pause. D'abord grâce à Marc Boucher, impérial dans sa projection, sa maîtrise du style et son choix de mélodies. Olivier Godin l'a accompagné de manière mouvante et vibrante. On retrouvait cet engagement chez le pianiste dans la symphonie, qui mérite un enregistrement orchestral. À part un développement de premier volet un peu filandreux, cette Symphonie française, avec bribes de Marseillaise dans le Finale, renferme des mélodies efficaces dans un idiome post-Saint-Saëns.

***

CONSERVATOIRE DE MUSIQUE
«Autour de Théodore Dubois». Sonate pour violoncelle et piano en ré majeur. Paul Marleyn et Stéphane Lemelin. Chansons de Marjolie et autres mélodies. Anne Saint-Denis, Marc Boucher, Olivier Godin. Symphonie française (transcr. piano à quatre mains). Carole Dubois et Olivier Godin (piano). Salle du Conservatoire, jeudi 22 avril 2010. Suite ce soir et demain, à 19h30