Concerts classiques - Fragments et continuum

Le Millésime 2010 n'entrera pas dans la légende des concerts annuels du NEM et on peut remercier le volcan machin-chose d'avoir induit, par l'ajout de Corrente de Lindberg, un peu de «viande» dans un programme de miniatures, d'interjections et de haïkus sonores.

Tierkreis (Les signes du zodiaque) a hanté Stockhausen dès sa composition en 1974 et a entrainé une sélection - ces Cinq signes - et des adaptations pour diverses configurations. Celle pour ensemble date de 1974 et a été revue en 2004, avec une nouvelle mouture de Virgo (Vierge), des rôles intervertis entre certains instruments et un élargissement souhaité au grand orchestre, tel qu'entendu en 2007 à Montréal/Nouvelles Musiques. C'est du Stockhausen très accessible, avec ses jeux instrumentaux.

Circuit III de Garant, composition irrémédiablement estampillée «années 70» est aussi démodée que les pattes d'éléphant aux pantalons et les moquettes oranges. Ces incises sonores mathématiquement organisées sont à la musique ce que le pain sec est à la gastronomie.

De György Kurtag on a entendu trois «intéressantes» explorations de la contrebasse. Hommage à R.Sch est une suite de six numéros, dont le dernier, lent, domine tout. Les quasi niente, pppp et autres ppp n'y ont pas été creusés par le clarinettiste, alors qu'à Claude-Champagne même l'impalpable devient palpable.

Dans Ligatura di Balint Varga, oeuvrette marginale, le lourd piano droit a tué le violon et le violoncelle. C'est pourtant bien l'instrument voulu par Kurtag alors que le programme (qui n'était, hier, pas à une erreur près) indique pianino, un instrument très différent.

À propos d'erreurs, on peut très bien comprendre le continuum polyrythmique de Corrente sans identifier l'évocation de Purcell. Corrente est plutôt un jeu de mot sur l'idée de course. Le NEM transforme cette dentelle étagée en bouillonnant massif sonore opaque hérité de compositions avec lesquelles Corrente voulait marquer une rupture.
1 commentaire
  • Jude-Jean - Abonné 26 avril 2010 18 h 00

    Lorsque la pensée critique s'enroule dans la moquette... orange

    Bien des bêtises farcissent ce papier et chacune d’elles mériterait d’être relevée. Je m’attarderai cependant plus spécialement ici aux propos méprisants qu’il Huss tenus à propos de l’œuvre de Serge Garant. Je cite : « Circuit III de Garant, composition irrémédiablement estampillée «années 70» est aussi démodée que les pattes d'éléphant aux pantalons et les moquettes oranges. Ces incises sonores mathématiquement organisées sont à la musique ce que le pain sec est à la gastronomie. »
    Pour ma part, bien que n’étant pas partisan inconditionnel de la pensée structuraliste qui animait Serge Garant et bien d’autres compositeurs à cette époque (non parmi les moindres), je sais en reconnaître l’apport et les bons coups. À ce propos, et malgré l’apparente austérité que l’on associe souvent à la grande rigueur qui caractérise ce type de démarche, il est clair, avec le recul, que ce courant nous a donné de grandes œuvres et souvent même des œuvres dont la sensualité et la charge émotive ont dépassées l’intention première et le discours théorique de leurs créateurs. On le sait, les structuralistes se défendaient d’accorder quelque importance que ce soit à l’expression des émotions (« cela n’a rien à faire avec mon travail » avait répondu Pierre Boulez à une dame qui lui posait une question en ce sens lors d’une conférence à Montréal en 1991). Malgré cela, les œuvres de plusieurs d’entre eux (y compris celles de Boulez) sont souvent empreintes d’une charge émotive qui, allez savoir, leur aura sans doute échappée. Après tout, ces compositeurs ne sont-ils pas des êtres de chair et de sang comme vous et moi ?
    S’il est un compositeur dont le travail illustre de façon patente ce phénomène, c’est bien Serge Garant. Vivante et expressive, sa musique, à mon sens et malgré la facture qui la caractérise, n’a pas pris une ride. Elle était signifiante, elle l’est encore. Il suffit d’écouter.
    Au delà des habiletés techniques d’un artiste quel qu’il soit, c’est quand celui-ci sait insuffler à sa création une grandeur qui transcende la technique qu’émergent les grandes œuvres. Circuit III de Serge Garant fait très certainement partie du lot.
    Ce qui est démodé ici et carrément dépassé, au même titre que les pantalons éléphants et les moquettes oranges, c’est davantage le genre de commentaires que l’on entend de la part de ce journaliste réactionnaire à propos de la musique contemporaine et de la création musicale en général. Son acharnement à dénigrer dans les pages du Devoir tout ce qui s’éloigne un tant soit peu des formes et de l’articulation traditionnelle de la musique en témoigne.
    Il est clair que Huss a un parti pris contre l’ensemble des esthétiques qui vont (et même, ont été) dans le sens d’un réel renouvellement du langage. Bien que ce monsieur ait droit à ses opinions, il devrait, cela étant, avoir l’honnêteté de s’abstenir de faire la critique des musiques nouvelles
    Le compositeur américain Charles Ives, dans un court essai paru en 1933 (*) a dit la chose suivante : « quels que soient les défauts d’une musique, ce ne sont pas ceux que lui attribue un homme qui n’écoute pas ce qu’il entend »