Quartier des spectacles - Lettre d'un DJ au maire de Montréal

Ghislain Poirier, alias DJ Poirier, figure de proue du milieu dub électro montréalais, s'interroge sur le sens du Quartier des spectacles (QdS), alors que les policiers y font de fréquentes incursions pour tempérer le son et le bruit qui en émane. Sa voix en rejoint d'autres du milieu musical qui déplorent la guerre contre les décibels menée dans un quartier qui en tire pourtant ses couleurs et cette vitalité qu'on cherche tant à faire valoir à la face du monde.

La dernière offensive en lice, contre la Société des arts technologiques (SAT) en mars dernier, retient son attention. «Un cas bien précis qui met en lumière la flagrante contradiction d'une volonté politique boiteuse: le Quartier des spectacles», écrit-il dans une lettre intitulée «Montréal: faire face à la musique», adressée au maire de Montréal Gérald Tremblay, et affichée sur son site Internet (www.poiriersound.com).

Il y souligne quelques paradoxes. Le premier: les festivals Mutek et Elektra sont récompensés par le Grand Prix du Conseil des arts, alors qu'on apprend la semaine suivante que la SAT, l'un de leurs plus importants lieux de diffusion, doit réviser ses émissions de décibels à la baisse. Ce qui force le déménagement de certains spectacles.

La SAT avait d'ailleurs déjà reçu des plaintes contre le bruit lors de la Nuit blanche, décrite par ses organisateurs comme une «frénésie hivernale», se plaît à souligner Poirier, avant d'ajouter: «Cherchez l'erreur.»

L'énoncé de mission du QdS assure la préservation de sa «marginalité tonifiante», relève-t-il. «Il est temps d'être plus clair dans vos intentions et de faire face à la musique en ce qui concerne le QdS et la ville dans son ensemble sur le plan de son approche et de sa vision culturelle incluant les petits événements, cette "marginalité tonifiante".»

Poirier parcourt les scènes du pays et du reste du monde avec sa musique. Il ne voudrait pas devenir le représentant d'une métropole qui n'a de culturel que le nom.