Vitrine du disque - 2 avril 2010

Classique
HERVIEUX
Tenor Arias. Orchestre métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Atma ACD2 2618.

Après un CD de Noël et un album crossover, voici le grand saut de Marc Hervieux dans l'arène classique, d'autant que l'aura internationale de Yannick Nézet-Séguin favorisera la diffusion du nom de notre ténor national. Commenter un tel opus est un exercice difficile: Marc Hervieux fait partie de la «famille», c'est un être attachant et on s'est habitué à son chant et à son style, au point où ses fêlures en sont presque devenues l'élément le plus touchant. La générosité de Marc Hervieux et sa manière de tout chanter comme s'il allait mourir à l'instant éclateront à la face du monde. C'est ce qui me touche, c'est pour cela que j'aime profondément ce CD, aussi sincère que malhabile (pourquoi débuter par les deux airs de Turandot alors que ceux de Tosca lui vont mieux?). Comment cette bouleversante mise à nu sera-t-elle perçue dans un monde qui promeut le poisson en bâtonnets frits et le fromage orange en tranches carrées? Suspense...
Christophe Huss

Marc Hervieux: La Tosca de Puccini, Recondita armonia


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Rock
LES CHEMINS DE VERRE
Karkwa
Audiogram - Sélect

Une fois le décor planté, la griffe griffée, une fois que ça s'identifie, du Karkwa, il arrive quoi? Le groupe en est là, au disque quatre. Ce que les gars ont fait? Changer, explorer, mais sans perdre de vue les paramètres du son Karkwa. Prenez l'ouverture, Pyromane. Ça module encore de l'intime à l'immense, il y a toujours ces couches sédimentaires de cordes, guitares et claviers: la différence vient des voix, plus présentes, des harmonies, plus riches. Pareil, pas pareil. De là, ça change plus: Moi-léger est une pièce lente et planante qui n'explose qu'à la toute fin; Marie tu pleures, un folk acoustique façon feu de camp; Le Bon Sens, un picking acoustique avec du bruit allant grossissant, genre industrie lourde. La chanson-titre est une sorte de rockabilly-prog d'invention Karkwa, avec des pauses Pink Floyd. La Piqûre, avec son clavier Genesis 1974 et ses percussions en mitraillade, mêle douceur et violence. Et ainsi de suite. L'inconnu côtoie le connu, et l'aventure continue. Passionnante.
Sylvain Cormier

Karkwa: Marie tu pleures


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Monde
DAKAR-KINGSTON
Youssou Ndour
Universal

Après avoir tendu la main à l'Islam dans Egypt et à la musique peuhle dans Rokku mi Rokka, après une bande sonore empreinte de spiritualité et d'afro pop, voici You sur la route de la diaspora jusqu'aux mythiques studios Tuff Gong à Kingston, où il rend hommage, avec des nouveaux ou des anciens titres, au reggae. Si le roi de la médina ne réinvente pas le genre jamaïcain, il trace pourtant, grâce aux arrangements sensibles de Tyrone Downie, une nouvelle route sonore, entre reggae roots et mbalax dakarois. D'un côté, les basses fréquences; de l'autre, la cadence extravertie. Des points communs entre les deux: les messages sociaux, la spiritualité et les voix allumées. Fidèle à son habitude, You invite des artistes. Le Sierra Léonais Patrice vient raper, la chanteuse Ayo donne un coup de soul et les reggaemen de Morgan Heritage injectent du roots. On aurait aimé plus de tamas, mais la synthèse des deux mondes est généralement réussie.
Yves Bernard

Youssou N'Dour: Marley


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Classique
BACH
Sonates et partitas pour violon seul. Viktoria Mullova. Onyx, deux CD 4040 (SRI). Partitas pour clavier. Benjamin Alard (clavecin). Alpha, deux CD alpha157 (SRI).

Cultivant deux répertoires différents d'un même compositeur, voici deux albums majeurs dans leurs discographies respectives réunis par des qualités en tous points identiques. La première est la beauté des instruments: un Gadagnini de 1750 cordé en boyau pour Viktoria Mullova; un clavecin d'Anthony Sidey sur un modèle allemand pour Benjamin Alard. La seconde est la conscience stylistique, qui permet aux interprètes de trouver d'instinct la pulsation et la respiration, notamment des sarabandes ou allemandes (mouvements lents), si souvent ralenties à outrance. La troisième est la technique instrumentale superlative (ah! les prestos de Mullova...) et la quatrième, la juste beauté des captations sonores. La cinquième, enfin, la plus importante: des approches humbles et élégantes qui font entendre la musique et pas l'interprète.
Christophe Huss

Bach: Sarabande de la 1ère Partita, Mullova


Bach: Rondeaux de la 2e Partita, Alard

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Chanson pop
DINGUE
Emmanuelle Seigner
Musicor - Columbia-Sony

Vingt secondes de la chanson-titre, et zou! Dingue de Dingue. L'Emmanuelle a chaussé les bottes faites pour marcher de Nancy Sinatra, recousues main par l'experte Keren Ann et son comparse Doriand, et elles lui vont à raviiiiiir. C'est mille fois plus seyant que l'électro-pop de la fois d'avant, avec Ultra Orange. Du coup, on cesse de se demander si ces incursions dans la chanson ne sont que caprices d'actrice, et on s'amuse avec la dame. Tout cartonne sans forcer, c'est néo-yéyé décomplexé, c'est les années 80 à gogo façon Niagara (Le Jour parfait), c'est l'allusion obligée au beau Serge (Alone à Barcelone en écho à Baby Alone in Babylone...), c'est l'emprunt du riff de Seven Nation Army des White Stripes dans Femme fatale, et c'est tout jouissif. Jusqu'au Polanski de mari qui s'offre entre deux comparutions la récré d'un duo qui danse le jerk (Qui êtes-vous?). Ai-je dit qu'Iggy Pop est aussi de la surboum? Mieux, un autocollant nous avertit: ça va Seigner aux FrancoFolies. Gy!
Sylvain Cormier

Emmanuelle Seigner: Qui êtes-vous (avec Roman Polanski)


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Monde
SALUD!
A la vino tinto
Indé / CD Baby

Lorsque ce quintette montréalais s'adonne à la salsa, il le fait sans piano ni trompette. S'il s'inspire aussi de plusieurs autres styles latinos, il en propose une interprétation personnelle à dominante acoustique. A la vino tinto ne veut pas faire de la salsa, du merengue, du reggae, de la bossa ou du son cubain tout court, et la majorité des titres comportent un mélange de ces ingrédients. Parfois à plus forte dose, mais souvent par couches subtiles, allant même jusqu'à un flamenco plus discret. À la base de l'instrumentation, des guitares, des flûtes, andines ou pas, et de la percussion. À l'écoute, on sent aussi la génération Beatles dans la manière doucement pop, on s'aventure jusqu'au country, on électrifie la guitare ou on la fait tournoyer afro. Si la manière A la vino tinto s'avère très latino, sa musique comme ses textes sont un appel à la société d'accueil. À découvrir avec plusieurs autres artistes au Théâtre Plaza demain soir.
Yves Bernard

A la vino tinto: La nueva salsa


2 commentaires
  • Jacques Lalonde - Inscrit 2 avril 2010 12 h 56

    Quelle merveilleuse innovation !

    C'est formidable de pouvoir écouter la musique tout en lisant les commentaires des chroniqueurs. Continue à le faire.

    Jacques Lalonde
    Gatineau
    jlalonde@ca.inter.net

  • Michele Dorais - Abonnée 2 avril 2010 19 h 22

    J'appuie en tous points

    Excellente innovation !