Musique classique - Simon Boccanegra, un Verdi à découvrir

Le baryton Alberto Gazale sera Simon Boccanegra.
Photo: Opéra de montréal Le baryton Alberto Gazale sera Simon Boccanegra.

L'oeuvre, appréciée des amateurs d'art lyrique, est peu connue du grand public. C'est pourtant un ouvrage important de Verdi, renfermant l'un des plus beaux rôles de baryton de tout le répertoire. Condition sine qua non avant de l'apprécier: il faut se dépêtrer de l'intrigue. Ce n'est pas toujours une mince affaire.

Le premier doge

Nous sommes au XIVe siècle, à la veille de l'élection du premier souverain de la république de Gênes. Patriciens (nobles) et plébéiens s'opposent. La candidature du corsaire Simon Boccanegra, au nom des plébéiens, est poussée notamment par Paolo Albiani. Boccanegra a pour ennemi Jacopo Fiesco, important patricien. Mais Boccanegra est aussi amoureux de Maria, la fille de Fiesco, avec laquelle il a eu une fille illégitime, qu'il a placée en pension chez une vieille dame.

Maria vient de mourir et Fiesco n'accepte l'idée d'une réconciliation avec Boccanegra que si celui-ci lui rend sa petite-fille. Le corsaire ne peut satisfaire à cette exigence, car l'enfant a disparu. Sur le plan personnel, tout va mal, mais Boccanegra est élu.

Ceci résume le prologue. L'opéra proprement dit, en trois actes, se déroule 25 ans plus tard. Boccanegra est devenu un doge respecté, ferme mais épris de paix. Fiesco s'est exilé sous le nom de Grimaldi et a recueilli une jeune orpheline nommée Amelia. Celle-ci, devenue une belle jeune fille, est éprise de Gabriele Adorno, le chef des patriciens. Mais elle est aussi convoitée par Paolo Albiani, devenu le bras droit du doge.

Boccanegra se rend dans la demeure des Grimaldi afin de demander la main d'Amelia pour Paolo. Là, beaucoup de surprises l'attendent: il découvre qu'Amelia est en fait sa fille et qu'elle aime Gabriele, son principal opposant politique. Boccanegra, très ému par les retrouvailles, refuse la main de sa fille à Paolo Albiani. Ce dernier, furieux, décide de l'enlever.

La suite varie selon que l'on joue la version originale (1857) ou révisée (1881) de l'opéra. C'est cette dernière qui sera présentée à Montréal. Gabriele Adorno a réussi à retrouver sa chère Amelia et à la libérer. En pleine scène du conseil, il accuse le doge du forfait. Ce dernier parvient à rétablir le calme, surtout qu'Amelia, qui dit con-naître le nom du coupable, le disculpe. Paolo est obligé de maudire le coupable: lui-même.

Les deux derniers actes peuvent être résumés par le sous-titre Assassinat et oeuvres de paix de Boccanegra. Le méchant Paolo verse du poison dans la coupe du doge et incite Gabriele Adorno et Fiesco (alias Grimaldi) à tuer Boccanegra. Fiesco refuse. Gabriele est bien tenté, mais sera stoppé par Amelia. Il se repent, Boccanegra pardonne et l'envoie porter un message de paix à ses partisans.

Au dernier acte, la santé de Boccanegra se dégrade, Paolo est démasqué et mené à la potence. En chemin il croise Fiesco, auquel il révèle avoir empoisonné Boccanegra. Ce dernier, au plus mal, avant de mourir, fait la paix avec Fiesco et bénit l'union d'Amelia avec Gabriele Adorno, qu'il proclame comme son successeur.

Un personnage fort

Dans la décennie 1850, qui voit la réalisation de la version princeps de Boccanegra, pour le théâtre de La Fenice de Venise, Verdi est obsédé par une adaptation lyrique du Roi Lear. Boccanegra sera en quelque sorte son Lear de substitution.

La premier Boccanegra est un four. On joue logiquement en général la version révisée par Arrigo Boïto en 1881, qui portera l'ouvrage au triomphe et comprend deux innovations majeures: une impressionnante scène du conseil (acte 2) inspirée par deux véritables lettres de Petrarque réclamant la paix entre les républiques de Gênes et de Venise, ainsi qu'un grand monologue de Boccanegra qui cerne sa stature d'homme d'État.

Pourquoi Simon Boccanegra n'est-il pas plus populaire? Il y a trois raisons majeures. C'est davantage un opéra de scènes que d'airs. Par ailleurs, l'intrigue est touffue, avec pas mal de raccourcis plus ou moins crédibles. Enfin, les deux piliers vocaux sont un baryton (Boccanegra) et une basse (Fiesco). On a évidemment une soprano (Amelia) et un ténor (Gabriele), mais ils ne sont pas les pivots de l'ouvrage.

Il faut faire fi des préjugés: un Simon Boccanegra bien monté — comme récemment au Met — est un spectacle poignant, musicalement très raffiné. Distribuer cet opéra est un défi à la hauteur du Trouvère ou d'Otello. L'Opéra de Montréal a misé sur deux Italiens, le baryton Alberto Gazale (Simon Boccanegra) et le ténor Roberto De Biasio (Gabriele Adorno) et sur une basse turque, Burak Bilgili (Fiesco). Nous sommes aussi heureux de retrouver, en Amélia, la soprano Hiromi Omura, inoubliable Butterfly il y a deux ans. Keri-Lynn Wilson dirigera l'Orchestre métropolitain et David Gately, qui a fait ses preuves ici dans Don Pasquale et Lucia di Lammermoor, mettra en scène.

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Simon Boccanegra
Opéra de Giuseppe Verdi. Alberto Gazale, Burak Bilgili, Roberto De Biasio, Hiromi Omura, Daniel Sutin. Direction: Keri-Lynn Wilson. Mise en scène: David Gately. Décors: John Coyne. Éclairages: Guy Simard. Salle Wilfrid-Pelletier, Place des Arts, les 13, 17, 20, 22 et 25 mars 2010 à 20h.
514 842-2112.
1 commentaire
  • Yolande Perron - Inscrit 14 mars 2010 08 h 41

    Magique soirée

    Que ce fut une belle soirée, cette première de Boccanegra hier. Les voix superbes. Nous sommes chanceux d'avoir de telles représentations à Montréal..