Kevin Parent au Club Soda - La musique a parlé haut et fort

KEVIN PARENT retrouvait son monde de musique, les musiciens des Porn Flakes et son public hier, sur la scène du Club Soda, à l’occasion de son premier spectacle depuis l’incident du Carnaval de Québec. Rappelons que l’agression dont le chanteur gaspésien a été victime sur la Grande-Allée lui a valu non seulement une commotion cérébrale, mais un véritable carnaval médiatique. L’heure était à la réplique... en musique.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir KEVIN PARENT retrouvait son monde de musique, les musiciens des Porn Flakes et son public hier, sur la scène du Club Soda, à l’occasion de son premier spectacle depuis l’incident du Carnaval de Québec. Rappelons que l’agression dont le chanteur gaspésien a été victime sur la Grande-Allée lui a valu non seulement une commotion cérébrale, mais un véritable carnaval médiatique. L’heure était à la réplique... en musique.

La dernière fois, à la première montréalaise de l'album précédent au même Club Soda, il n'y avait pas moins de monde. Moins de cars de reportage, moins de kodaks, ça oui. Pas les habituels suspects de la couverture des spectacles. On aurait dit des paparazzi. Tous en joue, tous à l'affût, tous à espérer qu'il se passe quelque chose. Quoi? N'importe quoi de bon pour la copie, la photo-choc. Qu'il craque, le Kevin, hurle à la mort, casse sa guitare sur l'un des Porn Flakes parce qu'ils ont un nom de groupe en anglais, allez savoir. Qu'il décide après une chanson que non, vraiment, ça ne va pas, ça ne va plus, ça n'ira plus jamais, et qu'il se mette en boule dans un coin ou chiâle comme un veau à l'abattoir.

Quand j'ai quitté, en fin de seconde première partie (la première partie de Kevin, qui suivait un lever de rideau du groupe Hôtel Morphée, ni annoncé ni bienvenu), il ne s'était rien passé d'autre qu'un foutu bon show de Kevin Parent. Son meilleur de récente mémoire. Pas un mot sur la raclée du Carnaval, pas un mot sur les noirs desseins exprimés le matin même dans le journal. Pas besoin. Il s'est amené, et puis c'est tout. «Bonsoir, bonne soirée», et puis voilà. Du feu dans les yeux, les Porn Flakes qui lancent l'assaut, et une première chanson tirée de l'éponyme album paru à l'automne: Besoin d'amour. Qui disait ce qu'elle disait: «Oui y'a de l'espoir mon frère / T'es chargé comme un éclair...» Ce ton-là. Sans doute aurait-on préféré chez les marchands de rumeurs qu'il démarre avec Provocateur et son «manège d'humeurs». Mais non. Besoin d'amour. Kevin était à la fois totalement d'attaque et absolument désarmant.

Et les Flakes lui offraient la meilleure des gardes rapprochées, avec leur rock de racines estampillé Rolling Stones 1972: flanqué de Dan Georgesco et Mike Plant et leurs «trusty old axes» (pour reprendre l'expression chère à Keith Richards), arrières solidement assurées par Francis Fillion à la batterie et Martin Bolduc à la basse, il n'avait rien à craindre et tout à vaincre. À commencer par son découragement. Chaque chanson était en cela une victoire, et le sourire de Kevin plus large à chaque formidable solo de bottleneck ou de dobro. A-t-il jamais eu le Seigneur aussi dangereusement rock'n'roll? A-t-il déjà eu l'Open House Blues plus wide open? A-t-il plus affectueusement vécu son duo avec la choriste Stéphanie Boulay?

Le méchant sortait joyeusement, l'apitoiement se muait en énergie libératrice, le tintamarre des médias était enterré par les glissandos de Georgesco. Tout allait tellement pour le mieux qu'on se demandait pourquoi diable cet entracte après l'autre: sur cette lancée, rien n'allait résister à Kevin. Puisse le round final avoir cloué tous les becs.