Entrevue avec Chrissie Hynde, des Pretenders - Un show sans chiqué ni chichi

Chrissie Hynde, à 58 ans, est encore et toujours la Keith Richards des chanteuses de rock, intraitable et cool.
Photo: Warner Music Group Chrissie Hynde, à 58 ans, est encore et toujours la Keith Richards des chanteuses de rock, intraitable et cool.

La plupart du temps, c'est un plan d'ensemble. On voit les têtes des plus proches fans au parterre, et sur la scène pas trop grande du Shepherd's Bush Empire de Londres, les Pretenders.

Chrissie Hynde et les siens, qui jouent leur rock, un rock toujours aussi franc, brut et senti qu'aux premiers jours de 1978: les succès, Back on the Chain Gang, Brass in Pocket, mais également les Precious et autres Message of Love des années punk, ça et là un slow rock qui tue (I'll Stand by You), et la salutaire poignée de nouveautés (dont l'excellente Don't Lose Faith in Me). Chrissie, à 58 ans, est encore et toujours la Keith Richards des chanteuses de rock, intraitable et cool. Et ce DVD tourné par les frères cinéastes montréalais Pierre et François Lamoureux en juillet 2009 est à son image et à sa ressemblance. Sans chiqué ni chichi. Tournage en haute définition, d'accord, version Blu-Ray puisqu'il le faut, mais pas de trop près s'il vous plaît.

«Je les remercie de ne pas avoir montré l'intérieur de mes narines», lâche Chrissie Hynde, pince-sans-rire, à son bout du fil. Allusion fine au Shine a Light de Martin Scorcese, moitié témoin d'un spectacle, moitié exploration exhaustive des crevasses dans la face de Mick Jagger. «Ils ont fait du bon boulot, vos compatriotes. Cette approche minimale, c'était leur idée, une sacrée bonne idée: des caméras qui ne bougent pas trop. Qui nous laissent bouger, nous.» À savoir: pas de stabilisateur de caméra portative (l'incontournable steadycam), pas de rails pour les plans circulaires, même pas de caméra au bout de la grande perche. Zéro bébelles. Quitte à mal paraître. Les frérots n'ont pas froid aux yeux. «Ils sont courageux, ils n'ont pas eu peur d'en faire moins, et ça donne qu'on voit notre show tel qu'il est, tel que les gens dans la salle le vivent, en pleine face.»

«Vous savez, relativise-t-elle, ça ne m'intéresse pas particulièrement, le DVD d'un show. Je n'en regarde jamais... » Elle laisse échapper un petit rire, s'entendant dénigrer ce qu'elle doit promouvoir. «Sauf celui-là, bien sûr! Ce ne sera jamais comme sur place, mais ça s'en rapproche.» Pas son truc, le rock'n'roll pour cinéma-maison. Pas de hasard dans le fait qu'il s'agit du premier spectacle filmé des Pretenders depuis le début des années 1980. «Et sans doute le dernier! Avec l'industrie qui s'écroule, c'est tout le soutien des compagnies de disques aux tournées qui s'en va en même temps. Je ne pleure pas la mort des multinationales, qui ont creusé leur propre tombe, mais ça va être un problème pour qui veut sortir de son patelin.»

La fille d'Akron (Ohio) qui écrivit My City Was Gone — l'équivalent américain de La Rue principale des Colocs — va plus loin: c'est le déplacement des salles de spectacle du «funky downtown» à la périphérie qui a «tout saboté dans le rapport des gens à l'expérience rock». Que les tournées survivent en devenant plus modestes, ça lui va, mais à condition de trouver des lieux à dimension humaine. «Tous ces amphis sportifs et ces stades où les musiciens sont des fourmis, où les gens regardent les écrans géants au lieu de la scène, ça a fait beaucoup de dommages.»

«La radio n'aide pas non plus, continue-t-elle. Ce format de "classic rock" dans lequel les Pretenders sont confinés est un piège. Un ghetto.» Nous tombons d'accord sur l'exemple à suivre: «Ce que fait Steven Van Zandt avec son émission Underground Garage est formidable. C'est du rock de garage de toutes les époques, les Kinks, Iggy & The Stooges, des bands d'aujourd'hui. C'est de la radio qui donne envie d'aller voir des shows. Plus que de les filmer... »

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LIVE IN LONDON

The Pretenders

CD + DVD, Strobosonic - Warner