Les Vulgaires Machins et leur Requiem pour les sourds - Montrer les dents, mais ouvrir son coeur

Aux sourds qui ne veulent pas entendre — ce sont les pires, il paraît —, les quatre rockeurs des Vulgaires Machins ont quelques mots à dire. Et pour être certain que le message passe, le groupe est revenu à un son plus punk et a pris un ton plus personnel que jamais.

Il suffit de quelques notes du cinquième album des Vulgaires Machins, en magasin dès aujourd'hui, pour comprendre que les vétérans rockeurs à la plume acérée ont gratté pas mal de vernis sur leur musique. Requiem pour les sourds est plus puissant et plus brut que leur précédent album, Compter les corps, celui qui les a vraiment fait connaître du grand public, surtout avec la pièce Puits sans fond.

Assis dans un vieux sofa de la Casa del Popolo, boulevard Saint-Laurent, les deux chanteurs du groupe, Guillaume Beauregard et Marie-Ève Roy, hochent la tête quand il est question de ces sonorités qui rappellent beaucoup plus du vieil Offspring que Simple Plan. «L'idée, ce n'était pas d'être plus agressif, c'était beaucoup l'idée d'être authentique par rapport à la formation, précise Guillaume, l'auteur de l'ensemble des textes des Vulgaires Machins. On est quatre musiciens, et on avait envie de respecter cette logique-là, qu'en écoutant le disque, les gens aient l'impression d'écouter un band dans un local. Après Compter les corps, qui était très léché, il y avait un désir d'être plus "lousse", et de s'en aller vers quelque chose de plus... authentique, c'est le seul mot qui me vient à l'esprit».

C'est le réalisateur Gus van Go (Hollerado, Priestess, Les Trois Accords) qui a réveillé le groupe d'une torpeur qui les avait envahis après la tournée du populaire Compter les corps. «On avait un peu les pieds dans le ciment, raconte Marie-Ève. On se demandait ce qu'on pouvait faire, ce qu'on devait faire. À un moment donné, Gus a appelé et nous a demandé: "coudonc, qu'est-ce que vous attendez? Vous avez envie de faire un nouvel album? Go!". Il a comme allumé la switch. Et on a laissé tomber la pression qu'on s'était mise, les attentes, les barrières...»

Plus de «je»

En même temps que l'on retrouve sur Requiem pour les sourds une agressivité certaine, on note parallèlement une approche beaucoup plus personnelle, émotive, et des textes écrits à la première personne. On ne voit plus seulement le doigt qui pointe, mais aussi les âmes derrière. «J'avais envie d'être plus spontané, de laisser parler le coeur, d'être un peu plus viscéral, plus instinctif, confie Guillaume. On vit beaucoup d'émotions les quatre ensemble dans cette aventure-là, et il y avait un désir que ça ressorte sur l'album.»

Reste que la surconsommation, le système démocratique, l'industrie du disque et l'immobilisme passent encore et toujours à la moulinette des Vulgaires Machins. «On s'inclut dans la problématique, parce qu'on en fait partie, on est tous dans le même bateau, explique le chanteur. On ne prend pas les thématiques de haut, on les prend comme on les vit. La pièce Parasites est un bon exemple. C'est une critique de l'industrie de la musique, mais on fait partie de cette même industrie, on est un groupe qui doit faire des compromis, qui vit des paradoxes.»

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Lancement gratuit à Montréal à L'Astral, à 19h.