Festival Montréal en lumière Virginia Rodrigues: un ange passe

Virginia Rodrigues
Photo: Ana Quintella Virginia Rodrigues

Virginia Rodrigues est un ange. La voix de mezzo-soprano céleste et si pure qui sort pourtant de la favela bahianaise, l'interprétation qui ouvre à la musique de chambre, le ton grave et cette douce solennité qui rappellent parfois le plain-chant, une fluidité lyrique sans trémolo, elle vient présenter Recomeço, un quatrième disque sobre et dénudé, interprété en duo avec presque toujours un simple piano pour tout accompagnement. La Rodrigues est une voix sans âge, contrairement à celle de l'équipe actuelle du Buena Vista avec qui elle partage ce soir la scène de la salle Wilfrid-Pelletier. Difficile de trouver programme plus contrasté.

Les deux artistes ont émergé sur la scène internationale à la même époque, il y a plus d'une décennie, et les deux vivaient en marge des tendances les plus pop de leur pays respectif. Mais là s'arrêtent les comparaisons. En 1998, Rodriguez, adepte du candomblé, découverte par Caetano, lance Sol Negro et s'élève avec spiritualité sur les chansons de samba. Au tournant du siècle, elle offre Nos, qui remanie le rythme axé, apanage habituel du carnaval, avant d'enregistrer chez la très classique Deutsche Grammophon Mares profundos, qui lorgne vers les afro-sambas.

Avec Recomeço, la voici sur la route des auteurs-compositeurs qui l'ont marquée: Chico Buarque, Tom Jobim, Vinicius de Moraes, Paulo César Pinheiro et autres icônes de la bossa ou de la MPB. Est-ce un changement de trajectoire pour celle qui est considérée comme interprète classique dans son pays et comme chanteuse à forte connotation religieuse à l'extérieur?

«Il s'agit d'une évolution naturelle, répond-elle. Indépendamment des étiquettes, je suis une chanteuse de musique populaire et je ne pense pas parler de religion dans mes chansons. Mais je rends hommage aux Noirs. Il m'est donc impossible de passer à côté du candomblé et de cet univers qui permet notre musicalité.»

Loin des ambiances percutées des précédents, le disque ne renferme que des chansons d'amour: l'amour idéalisé, inconditionnel, désillusionné, impossible. Explication: «Je caressais ce projet depuis longtemps et plusieurs de ces titres faisaient déjà partie de mon répertoire. Le pianiste Cristóvão Bastos m'accompagne. Je le considère comme l'un des meilleurs musiciens de l'histoire brésilienne. Mais à Montréal, je viendrai avec le claviériste Keco Brandão et le percussionniste DaLua.» Un ange passe en trio.

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Collaborateur du Devoir

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Renseignements: 514 842-2112