Musique classique - Étudiants en quête de voix

Ce n’est pas Der Zigeunerbaron (Le Baron tsigane) de Johann Strauss que l’Atelier d’opéra Université de Montréal aurait dû programmer pour son millésime 2010 mais Der Bettelstudent (L’Étudiant mendiant) de Karl Millöcker. Je crains que ces étudiants en quête de voix ne soient pas les futures vedettes de l’Opéra de Montréal.

L’UdM avait pourtant repris une formule gagnante — celle de La Chauve-souris, il y a deux ans, avec une mise en scène de Marie-Natalie Lacoursière — et affirmé par le passé une vraie tenue pré-professionnelle dans ces spectacles, par exemple le Don Giovanni l’an dernier, avec l’étonnant Jean-Michel Richer dans le rôle-titre.

Rien de cela mercredi, et on imagine le naufrage si ce plateau s’était attaqué à The Rake’s Progress, qui a fait briller les meilleurs élèves de McGill il y a quelques semaines! Dommage, parce que les moyens ont été mis pour réussir un spectacle clair à partir d’une intrigue emberlificotée, notamment en usant de projections (mais est-ce le ventilateur du projecteur qui fait ce désagréable bruit de fond?). Mention aussi à l’animation scénique et aux costumes très soignés.

L’idée de chanter en allemand et parler en français avait été éprouvée dans le spectacle de La Chauve-souris. Elle m’a semblé moins bien fonctionner hier, car maints protagonistes semblaient empêtrés dans le théâtre, surjouant les dialogues. Enfin, le pondéré Raffi Armenian n’a pas retrouvé l’élan et la flamme du Strauss de Jean-François Rivest.

Pour le bilan des voix — objet de ces spectacles, qui nous mettent sur la piste de la relève — un acte suffisait… et largement. De cette expérience volontairement abrégée, je retiens un nom; celui du ténor Éric Thériault, dans le rôle d’Ottokar.

Il y a une belle présence chez la mezzo Christianne Bélanger (la tzigane Czipra) mais les aigus se resserrent. Carol Léger (Saffi) a une voix très perçante mais aussi une sorte de mini vibrato permanent. Florie Gautier-Valiquette demande à être réentendue. La voix semble modeste et assez sèche. Charlotte Cumberbirch (Mirabella) remporte le prix citron de ce plateau peu relevé. Les hommes ne sont guère plus forts: voix modestes pour Xavier Roy (l’éleveur de cochons) et, un peu mieux, Laurent Deleuil-Millette (Carnero) dans le registre de baryton où pullulent au pays les jeunes espoirs de bien plus d’envergure.

Quant au ténor Andrzej Stec, dans le rôle-titre, il sait marcher sur les mains et on aimerait tant que ces talents vocaux équivalent ceux de gymnaste. Le timbre émerge sur quelques notes chantées forte et disparaît dans le médium et le mezzo forte.

À mon grand dépit, je ne sais ce que ces étudiants en chant vont devenir. Choristes, à en juger par la qualité des chœurs? Est-ce le but? Si vous tentez Le Baron Tzigane, essayez la distribution «b», demain. Elle contient peut-être une perle.

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UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL. Der Zigeunerbaron, opérette de Johann Strauss (1885). Chanteurs de l’Atelier d’opéra (voir texte) et orchestre de l’Université, dir. Raffi Armenian. Mise en scène: Marie-Natalie Lacoursière. Scénographie: Carl Pelletier et Caroline Guilbault. Costumes: Marc Sénécal. Salle Claude-Champagne, mercredi 24 février 2010. Reprise ce soir et demain.
1 commentaire
  • Bernard Valiquette - Inscrit 27 février 2010 13 h 28

    Un critique en quête d'humilité

    La suffisance et le ton dédaigneux que vous utilisez pour critiquer cette production et ces jeunes musiciens ne releve les applaudissements nourris de l'assistance à la fin su spectacle. Pour cause, vous aviez quitté à l'entracte. Tant mieux, l'accueil et l'humanité de l'auditoire s'en sont trouvé rehaussé. Car, me semble-t-il, lorsqu'on assiste à une production de jeunes qui cheminent dans leur passion, dans un contexte de formation, on se doit d'avoir une bienveillance et une sensibilité éducative dont vous semblez dépourvus. La musique ne conduit-elle pas à cette ouverture de l'âme? Vos propos hautains s'estomperont bientôt dans l'oubli tandis que l'écho de la musique de ces jeunes continueront de résonner dans nos mémoires...

    Bernard Valiquette