Concerts classiques - Le grand Brahms et le petit cachetonneur

Il doit bien se marrer, Vadim Repin à voir tant de gens sincèrement éblouis lui demander de signer son disque à l'entracte. Car Vadim Repin a joué, mardi, le concerto de Beethoven — notamment le long premier mouvement — comme un souillon.

À l'entracte de la retransmission radio d'hier soir, sur Espace Musique, Mario Paquet qui m'accueillait pour marquer les 100 ans du Devoir me demandait si je n'étais pas blasé d'entendre autant de musique. J'ai dû lui répondre quelque chose comme «quand on devient blasé, il faut s'arrêter». Et c'est ce que Vadim Repin devrait faire! Une bonne année sabbatique pour réfléchir sur le fait que son talent est là pour servir des génies, pas juste pour toucher des chèques.

Mais à 20 000 $ la soirée (c'est à peu près ce qu'il vaut — sur quelle base et quel raisonnement économique, au fait?), pourquoi se priver? À ce prix, cela fait cher l'approximation... Le pire c'est que, au-delà de la ribambelle d'intonations sales, indignes de sa stature, de son aura et de ses cachets, tout cela suintait le je-m'en-foutisme. Les Allemands ont, pour cerner ce travail bâclé, un intraduisible mot, cher au grand chef Otto Klemperer: schlamperei. C'est pour cela que je suis, hélas, persuadé que nous avons entendu les dérives d'un très critiquable laisser-aller, et pas les accidents, humains et compréhensibles, d'un mauvais soir. Parler de concept interprétatif serait trop d'honneur et reposerait sur du vent.

Changement de perspective après la pause. Au coeur d'une semaine riche en enseignements, Kent Nagano et l'OSM ont montré et démontré qu'ils sont les «maîtres de musique» à Montréal. Ils l'ont fait dans une 1re Symphonie de Brahms cultivée, architecturée, excitante, arc-boutée sur un concept sonore (cordes graves nourries, timbales proéminentes) et nourrie de belles idées, comme cet irrésistible passage d'altos divisés au tout début d'un Finale qu'on aurait aimé voir enchaîné de manière plus serrée au mouvement précédent. Et il y a encore un potentiel pour aller plus loin; par une relance de tempos plus fiévreuse dans le dernier volet et en ne ralentissant pas le grand choral final de cuivres. La Première de Brahms est une bourrasque qui ne connaît aucun répit.

La présence et le potentiel de l'OSM dans le grand répertoire germanique sont, pour l'heure, le plus spectaculaire acquis du mandat de Kent Nagano.
3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 25 février 2010 09 h 22

    L'usurpateur

    Je suis heureux que, cette fois-ci, nous avons entendu le même concert.
    Le sieur Répin avait en effet l'air de s'ennuyer ferme dans le Beethoven; c'est long longtemps, un soliste sans inspiration ...
    Mais le Brahms, quelle tenue! Et que dire de la sonorité des cordes dans le deuxième thème du quatrième mouvement: tout simplement radieuse et irrésistible.
    Au plaisir de vous relire.
    François Dugal
    Brossard

  • Gaétan Sirois - Abonné 25 février 2010 09 h 30

    SOUILLON ?

    Permettez-moi de n'être pas d'accord avec vous. J'ai l'impression que vous avez assisté à un autre concert dans une autre salle. Etiez-vous sur place ? Si oui, je doute de votre oreille.

    Navare

  • Pierre D. Denault - Abonné 25 février 2010 12 h 10

    Le robot endormi

    Tout à fait d'accord avec C. Huss et F. Dugal: le grand Repin manquait d'âme et a offert une prestation de routine. Mais, le Brahms, quel souffle, quel engagement de tout l'orchestre et de son chef. Il fallait voir et entendre les 8 contrebassistes jouer avec ferveur et puissance
    tout au long de la symphonie, et la sonorité quasi-wagnérienne des cuivres. Merci à maestro Nagano pour ce grand moment de musique.