À elles les chansons

De gauche à droite: Gaële, Mélanie Auclair, Catherine Durand, Sylvie Paquette et Marie-Annick Lépine. Manquent seulement Amélie Veille et Ginette.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir De gauche à droite: Gaële, Mélanie Auclair, Catherine Durand, Sylvie Paquette et Marie-Annick Lépine. Manquent seulement Amélie Veille et Ginette.

Lancé hier, Toutes les filles n'est pas que le disque décanté d'une tournée. C'est un moment dans l'histoire de la chanson québécoise. Un album fomenté, chanté, écrit, composé et joué par des filles, pour signifier que, ces jours-ci, c'est du côté des filles que ça se passe. En entrevue aussi.

Au sous-sol de l'ancien Institut d'opérette de Montréal, aujourd'hui grand tipi de La Tribu (compagnie de disques) et de Larivée Cabot Champagne (agence de spectacles), elles déboulent en bande. Cinq filles sur les sept de l'album Toutes les filles: Catherine Durand, Gaële, Marie-Annick Lépine, Magnolia (Mélanie Auclair), Sylvie Paquette. Manquent seulement Amélie Veille et Ginette. Collision d'agendas, cette rencontre. J'aurais pu parler à chacune au téléphone. Mais j'y tenais, à toutes les filles ensemble pour raconter l'aventure de Toutes les filles.

Merveille d'album

Toutes les filles? C'est le titre d'un album, en magasin depuis hier, avec les susmentionnées pour protagonistes. Merveille d'album, tout fait par elles. Chansons, instrumentation, réalisation. L'aboutissement en studio de la belle histoire née d'une chanson — Tous les garçons et les filles, la belle des belles de Françoise Hardy — et d'une idée inédite de Larivée Cabot Champagne: mener de front deux tournées d'auteurs-compositeurs-interprètes, divers gars ensemble, diverses filles ensemble.

Résultat? Ceux qui ont assisté aux spectacles de Toutes les filles et Tous les garçons vous le diront: c'est pas pareil. Les gars, c'est chacun pour soi, chacun le «band leader». Les filles? Je vous le donne en mille: l'harmonie, l'entente, la solidarité. Les clichés sur les différences entre les sexes ne sont pas des clichés pour rien. «Je crois que la grande différence, propose Sylvie, c'est la capacité de s'abandonner. De se lancer. Peu importe ce que ça va donner. Faire ça demande une force. Une vulnérabilité et une force.»

Marie-Annick ajoute: «Moi, dans ma vie avec les Cowboys [fringants], j'essaie de rendre les arrangements de Jean-François [Pauzé]. Je veux lui faire plaisir. C'est souvent le cas pour les filles qui sont musiciennes d'abord, comme moi et Mélanie. On a le don de soi facile. Mais là, pour Toutes les filles, c'est décuplé. On est attentionnées à l'extrême.» Gaële: «On communique, c'est intense.» Sylvie enchaîne: «Une chance qu'en studio on n'était pas minutées. On arrivait le matin, on prenait un café et c'était la grosse thérapie.»

Sortir de l'isolement

Note de l'intervieweur: zéro empilade dans les interventions. À cinq, me disais-je, la transcription allait être gratinée: les groupes de gars, c'est l'enfer, on ne sait jamais qui parle sur l'enregistrement. Ces filles-là se laissent de la place. Savoir-vivre qui fait sourire Catherine: «C'était pareil en studio. Une qualité d'écoute que je n'avais jamais connue.» Gaële relativise: «Pas le choix. On était sept. Fallait pas se piler sur les pieds.» C'était aussi une question de contraintes. Elles ont eu deux grosses semaines au studio Victor pour tout faire, ajouts, mixage et matriçage y compris. Celle qui chantait s'accompagnait, les autres jouaient en même temps. Comme en spectacle. Deux, trois prises par titre. Pas de métronome. À l'oreille. À l'instinct.

Ça donne des versions attentives, de proximité, qui compensent largement en bonnes vibrations le fignolage des moutures d'origine sur les albums de chacune. Et surtout, ça donne des versions pas surchargées, malgré le nombre. «Tout s'est placé spontanément», résume Magnolia. «Personne ne prenait rien personnel. Telle piste ne fonctionnait pas? On l'éliminait.» Gaële: «On n'avait qu'à se regarder.» Marie-Annick: «On voulait que chacune soit totalement contente de ses chansons. On s'en faisait une fierté.»

Fierté et satisfaction

C'est le fin mot. Fierté. La satisfaction est à la mesure de l'accomplissement. Catherine Durand rayonne: «Je tenais beaucoup à ce que ça soit immortalisé, cette rencontre d'auteures-compositrices-interprètes qu'on vit depuis le début de la tournée Toutes les filles. Parce que ça marque un moment. Il n'y a jamais eu autant de filles qui font leurs propres chansons que maintenant. Il y a nous, les filles de l'album, mais il y a aussi Catherine Major et Mara Tremblay, qui devaient participer [à l'aventure] mais n'ont pas pu [l'une accouchant, l'autre le dos en compote], et il y a Marie-Pierre Arthur, Émilie Proulx, Emily Clepper, et d'autres encore, de quoi faire un volume 2. Cette vitalité de l'énergie féminine dans la chanson québécoise, ce n'est pas un hasard. C'est une place qu'on a prise une par une.» Sylvie la pionnière n'en revient toujours pas: «Ça fait longtemps que je chante, et je n'avais jamais vécu quelque chose comme ça. Ce projet, ça nous a sorties de notre isolement.»

Magnolia, elle, exulte carrément: «Ce rapprochement avec des filles qui vivent sensiblement la même chose, c'est incroyable le bien que ça fait. T'es plus toute seule avec ta p'tite guitare. On n'est plus seulement des filles qui font le même métier et qui se croisent dans des émissions ou des festivals. On est des amies qui ont fait un album ensemble. Yesss!»

Près du St-Laurent - extrait de l'album Toutes les filles