Concerts classiques - Le rituel

Au prix de gros efforts, l'organisateur, Show One, avait réussi à assurer à Yannick Nézet-Séguin et l'Orchestre philharmonique de Rotterdam une assistance tout à fait décente à la Salle Wilfrid-Pelletier. Musicalement, je ne suis pas persuadé que l'événement musical ait été aussi «inoubliable» qu'on nous l'avait annoncé. Il a notamment fallu attendre un Concerto pour orchestre aux déploiements sonores impressionnants pour faire prendre la mayonnaise.

L'affiche Mullova-Nézet-Séguin, déconcertait sur le papier. On sait que Yannick Nézet-Séguin interprète le répertoire brahmsien avec épaisseur et solennité. De son côté, Mullova en fait l'héritier des Classiques viennois: vibrato économe, ton soupesé, droiture rythmique. Confirmation dans les faits: ces deux artistes n'ont pas grand-chose en commun.

On sentait que la soliste avait imposé les tempos, notamment celui, allant, du 2e mouvement. L'idée que cela puisse se jouer ainsi n'avait probablement jamais effleuré le chef québécois. Mais un tempo plus soutenu n'est pas une raison pour jouer plus fort. Il y a beaucoup à creuser pour Yannick Nézet-Séguin dans cette expérience, afin de trouver un concept sonore pour les attaques piano dolce, problème récurrent dans le 1er mouvement du Bartok.

Mullova, elle-même, ne fut pas imparable, mettant cinq bonnes minutes pour entrer dans le concerto. Quant à l'oeuvre contemporaine de Verbey, l'intérêt pour une institution symphonique de promouvoir des partitions pour petits ensembles m'échappe totalement.

Ce sont donc le Jardin féerique de Ma Mère l'Oye de Ravel, en bis, et le Concerto pour orchestre qui ont épicé la sauce. Bartok a présenté un orchestre de Rotterdam homogène avec, notamment, de belles cordes graves et une section de percussions admirables (timbalier autoritaire; belles couleurs de tam-tam dans III et de grosse caisse dans V). Beaucoup de belles choses, notamment la fin de l'Élégie et la puissance du Finale, malgré quelques sueurs froides quant à la cohésion. Le mouvement le moins réussi fut l'Intermezzo interrotto, avec un tempo de base un peu lent et d'inutiles affects liés aux sections calmo.

Agréable soirée qui fait, une fois de plus, réfléchir sur le rituel du concert avec ses quotas quasi obligés de concertos et d'oeuvres contemporaines. Un gros programme symphonique aurait fait, hier, bien plus l'affaire.

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Brahms: Concerto pour violon et orchestre. Verbey: Conciso. Bartok: Concerto pour orchestre. Viktoria Mullova (violon), Orchestre philharmonique de Rotterdam, Yannick Nézet-Séguin.
Salle Wilfrid-Pelletier, dimanche 21 février.
Diffusion sur Espace Musique ce soir.