Jazz - Marc Copland: pianiste de la finesse

Comme disait l'autre, on ne sait pas qui, l'occasion fait le larron. De quoi s'agit-il? Le pianiste Marc Copland a été invité par le contrebassiste montréalais Adrian Vedady à se produire le 24 février prochain à L'Astral. D'où l'occasion d'évoquer un jeu, un style, aussi cristallin et précis que le maître du genre: John Lewis, architecte des élégances dispensées aux quatre coins du globe par le Modern Jazz Quartet.

Chez Copland, né en 1948 à Philadelphie, il y a un paradoxe. Un hiatus instrumental. À l'âge où débutent les études dites primaires, il a commencé son apprentissage du piano. Un solide apprentissage. Puis, à l'âge où se profilent les études secondaires, il a abandonné les touches noires et ivoire pour mieux adopter le saxophone alto.

C'est sur ce dernier instrument que Copland s'est fait connaître et reconnaître grâce aux amitiés musicales nouées dans les années 70 avec Michael Brecker, John Abercrombie et Chico Hamilton. Il commença à jouir d'une réputation, la bonne, lorsqu'il décida de remiser l'alto au grenier pour mieux dépoussiérer le piano. S'ensuivit un déménagement de New York à Washington, où pendant une dizaine d'années il mit son talent au service des musiciens de passage.

C'est au cours de ce long séjour qu'il peaufina son jeu en compagnie de Blue Mitchell, de Harold Land, de Curtis Fuller et d'autres sabreurs du bebop. Mais de ce long séjour, il faut souligner sa rencontre avec les contrebassistes Gary Peacock et Drew Gress, qui 30 ans plus tard demeurent ses fidèles, ou plutôt ses complices favoris.

Une fois habité par la certitude que son jeu s'était suffisamment développé pour arpenter des chemins musicaux faits d'obstacles, donc plus propices à l'aventure, Copland a repris la direction de New York au moment où Ronald Reagan installait ses pénates à la Maison-Blanche. Rapidement, il devint l'accompagnateur de Joe Lovano, de John Scofield, etc. Mais c'est surtout son désir de jouer en trio, en duo ou en solo qu'il faut retenir de cette période-là.

Tout cela rappelé, on peut maintenant s'attarder à ses productions dont la hauteur de vue est la constance. À l'évidence, ce musicien est un perfectionniste. Un grand artiste. Un monsieur. Le seul problème, c'est que ses albums ont paru sur des labels en majorité européens: Hat Hut, Pirouet, Steeplechase et quelques autres. Et alors? Le prix est salé. Pour le volume 2 de sa série New York Trio Recordings avec Peacock et Paul Motian à la batterie, on a déboursé 45 $, taxes comprises. Soit dit en passant, c'est chez Archambault que l'on a trouvé cette splendeur. Soit dit en passant (bis), HMV et le jazz, désormais ça fait deux. Ça se dégrade à la vitesse grand V.

Mais bon... ne gâchons pas notre plaisir. Ce numéro 2 comprend huit pièces, certaines écrites par Copland, certaines par Peacock et une par Miles Davis, soit All Blues. Rien de moins. Ce choix, d'ailleurs, on pense à All Blues, en dit long sur le souci perfectionniste augmenté d'une inclination pour le risque de Copland. S'attaquer à un morceau enrichi par le jeu de John Coltrane, alimenté par celui de Cannonball Adderley, sculpté par Miles Davis, sans oublier le piano de Bill Evans, c'est à la limite de l'imprudence.

Tout dans ce disque, comme d'ailleurs dans d'autres — on pense à Haunted Heart and Other Ballads sur Hatology —, n'est que finesse, légèreté, simplicité extrême. C'est du grand art. Espérons qu'il en sera ainsi le 24 février à L'Astral. Prix du billet? 16,50 $.

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Bon, histoire de vous informer plus régulièrement, l'affreux signataire de ces lignes a ouvert un blogue, comme disent les jeunes. L'adresse? truffautjazz.blogspot.com
1 commentaire
  • Michele Dorais - Abonnée 20 février 2010 10 h 35

    pianiste de grande finesse

    Bonjour Serge Truffaut.
    Je vous lis depuis fort longtemps et j'ai souvent le plaisir de découvrir de grands artistes grâce à vous.
    Pour Marc copland, il y a aussi ce très joli clip :cavatina.
    http://www.youtube.com/watch?v=cfvdmH_U7Z4