Andrea Lindsay à L'Astral - Émolliente pop

C'est sa première, en ce jeudi soir d'ouverture du festival Montréal en lumière, et le trac la tenaille, ça se voit à ses tout petits pas. Et puis le trac la lâche, ça se voit aussi à ses pas, plus lestes et lisses à mesure qu'elle prend la mesure de sa scène. Elle aime trop danser, Andrea Lindsay, ça ne pouvait pas durer: la voilà pieds nus pour mieux sautiller dans Le Charleston, la voilà twisteuse pour Le Temps de l'amour (qui n'est pas un «cadeau d'amour» de Jacques Dutronc à Françoise Hardy, quoi qu'en dise la romantique Ontarienne: les tourtereaux ne se fréquentaient point en 1962). Ce début de spectacle se passe comme si nous étions un couple, le public et elle, et que, timides au départ, nous finissons par nous trouver sur la piste.

Il faut dire que sa sorte de pop acidulée de petite-nièce de Sgt. Pepper n'est pas chaleureuse d'emblée: quelques titres de ses deux adorables albums — La Belle Étoile, Les Sentinelles dorment — sont nécessaires pour que nous frémissions. Ça m'arrive, moi, au middle-eight en anglais dans le texte de Nature morte. À d'autres, il faut les claquements de doigts dans Bonne année, ou la familiarité du succès radio Gin Bombay. Je me répands carrément à Lonely Boy, trouvaille psyché-pop de Nirvana (le groupe britannique des années 60, pas la bande à feu Cobain): émollient timbre, liquéfiante version.

À chacun son point de rupture: il est certain que nous craquons tous tôt ou tard pour la belle de Guelph et sa minirobe mauve France Gall 1968 (avec souliers assortis), aussi sûr que nous goûtons tous à divers degrés de délice ces arrangements pour chanson pop baroque de qualité, entrelacs de violoncelle et contrebasse, ponctuations au vibraphone, au trombone, au ukulélé, au piano électrique. La musique séduit aussi.

Mais Andrea Lindsay est indéniablement notre loveliest chanteuse de l'heure, et qu'elle chante ses beautés néo-sixties ou Le Poinçonneur des lilas de Gainsbourg (au rappel), c'est pareil: nous sommes épris. Récidive ce soir.