Elisapie Isaac à L'Astral - L'émotion sans prétention

Elisapie Isaac n’a fait qu’une poignée de concerts depuis la sortie de There Will Be Stars.
Photo: Christian Bergeron Elisapie Isaac n’a fait qu’une poignée de concerts depuis la sortie de There Will Be Stars.

À la télévision, depuis des semaines et des semaines, la publicité du premier disque solo d'Elisapie Isaac, There Will Be Stars, joue en forte rotation. À croire que la jeune femme au visage parsemé de taches de rousseur en est rendue à sa 14e tournée mondiale. Et pourtant, l'ancienne membre du groupe Taïma a encore peu foulé les planches des scènes du Québec, menant son projet comme le ferait une marathonienne. Voici qu'Elisapie sera trois soirs à L'Astral à Montréal, entrecoupés d'un passage à Québec.

Isaac ne court peut-être pas, mais elle est partie à point. La native de Salluit, au Nunavik, a lancé en septembre dernier un disque d'une grande beauté. Chanté en inuktitut, en anglais et en français — une pièce est signée Richard Desjardins et Pierre Lapointe —, le disque nous fait voyager entre la mélancolie et l'espoir, dans un univers à la Feist. «Ce n'est jamais sombre et déprimant, juste très senti et émotif, je pense», nous confiait-elle la semaine dernière au bout du fil, le souffle enroué par une extinction de voix.

Senti et émotif. Il n'y a qu'à lui parler un instant pour comprendre que la mère de famille est tricotée d'émotivité. On sent chez elle une grande sensibilité et une certaine inquiétude, étrangement doublée d'une confiance sans prétention. Elisapie doute parfois, mais connaît ses forces. «En studio, je n'avais pas beaucoup d'estime de moi, je trouvais que les chansons n'étaient pas assez complexes. Mais l'émotion était là, c'était tout ce que je pouvais offrir.»

Elisapie Isaac n'a fait qu'une poignée de concerts depuis la sortie de There Will Be Stars. «Pour que ce métier dure, il ne faut pas trop s'exposer, il faut être juste assez en recul, pour prendre soin de garder assez de magie, souffle-t-elle dans le combiné. Parce qu'on est des magiciens, on veut faire vivre des choses, on veut créer quelque chose.»

Celle qui fera la première partie de Coeur de pirate en mars à l'Olympia de Paris jongle sans souci avec ses trois langues, même que la boîte vocale de son cellulaire nous offre un message en français et en inuktitut pour le moins désarçonnant. «C'est sûr que je suis beaucoup plus "straight forward" et rigolote en inuktitut, parce que je suis comme ça avec mes amis inuits. Tout est drôle et pas trop sérieux. En français, tout est poétique, et en anglais, je lâche prise, tout est "cool".»

Pour ces prochains concerts à L'Astral à Montréal et au Grand Théâtre à Québec, Elisapie a opté pour la formule intime et sera accompagnée de deux multi-instrumentistes, Manuel Gasse et Gabriel Gratton. «On aurait pu faire la rentrée avec un gros groupe, mais j'aime mieux l'idée qu'on commence comme ça, en trio, et après ce sera une évolution avec mon vrai orchestre. Il faut aller voir ce show-là parce que ça se peut qu'on ne le refasse pas!»

Le concept d'évolution reviendra souvent au cours de l'entretien. Pour la cinéaste et ancienne étudiante en journalisme, il faut que ça bouge. «J'ai l'impression d'être toujours en mouvement, je suis quelqu'un qui a beaucoup besoin de changer d'air. Et je l'apprécie tellement, mon évolution. Ce ne sont pas juste des concerts pour moi, ça compte énormément. Par rapport à Montréal, qui est devenu mon chez-moi, par rapport aux Québécois, aux fans qui viennent me voir... Je viens d'un petit village de 1200 personnes, je chante une langue que les gens ne connaissent pas nécessairement, il y a tellement de moments touchants... »

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- Les 23, 26 et 27 février à L'Astral, à Montréal.
- Le 25 février au Grand Théâtre, à Québec.