Vitrine du disque - 19 février 2010

Classique
MORAVEC
Fin classique, avec Moravec jouant cinq pièces de Chopin

Ivan Moravec est mon pianiste préféré. Je suis donc a priori ému de voir arriver un inespéré récital qui contient une oeuvre, la 15e Sonate de Beethoven, dont il est un interprète suprême, qu'il a certes enregistrée en studio, mais dont il n'a jamais laissé publier la bande. Ces 23 minutes sont donc une nouvelle entrée au catalogue du légendaire pianiste tchèque, qui fêtera ses 80 ans en novembre. Le son est excellent, même si les micros captent quelques toux. Ce qui est plus inhabituel, c'est le réglage du piano, correct sans plus, alors que Moravec est obsédé par une préparation sonore millimétrée de l'instrument (allez voir le clip Moravec plays Chopin sur YouTube pour comprendre l'univers de ce vrai artiste). La grande surprise du programme est la totale magie des Brahms (op. 76 n° 2, op. 79 n° 2, op. 118 n° 1 et n° 2), sans aucun atermoiement. Fin classique pour Moravec avec deux Nocturnes, deux Mazurkas et le 1er Scherzo de Chopin. Du piano au sommet, bien sûr.
Christophe Huss


   


        Le 4e mouvement de la 15e Sonate de Beethoven


   


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Fado
FADO ARDENTE
Tony Gouveia
Indépendant

Installé en Ontario depuis l'âge de 13 ans, Gouveia est l'une des principales voix du fado au Canada. À preuve, Jorge Fernando, un compositeur guitariste qui a collaboré avec la grande Amália, réalise l'album, signe quelques titres et y joue de la guitare. Mais si l'Ontarien d'adoption chante depuis deux décennies, il ne se consacre au genre lisboète que depuis 2005. Le style y est classique, dans la tradition des cordes, à l'exception d'une pièce aux inflexions flamencas. Une guitare assure le rythme avec une basse, pendant qu'une autre, très fluide, ornemente, fait respirer, joue sur les silences, rappelle la slide, vogue à travers les notes tempérées, se fait parfois dansante à la manière méditerranéenne. Car le fado de Gouveia n'est pas toujours sombre, et le chanteur livre le pathos avec finesse, sans exagérer la séduction plaintive. Il peut même écrire des textes sur la réalité du XXIe siècle. À découvrir à L'Astral demain soir.
Yves Bernard


   


        Tony Gouveia: Linda Lua Dos Amantes


   


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Jazz
From Billie Holiday to Edith Piaf (Live in Marciac)
Wynton Marsalis & Richard Galliano
Harmonia Mundi

Allons donc: jazz et java au même programme? Sourcil dubitatif. Wynton Marsalis et Richard Galliano réunis? Intrigant. La trompette et l'accordéon? Piaf et Billie Holiday comme répertoire? Le premier disque édité par le festival français Jazz in Marciac est d'obédience... hybride. Avec ses pour et ses contre. La rencontre est intéressante: Marsalis et Galliano sont de grands musiciens, polyvalents, intelligents, sensibles. Le quintet de Marsalis assure bien, les arrangements des chansons demeurent respectueux de l'esprit mélodique des thèmes d'origine, sans négliger quelques explorations. Bref? C'est agréable, souvent léger, parfois très beau (Strange Fruit), ça tourbillonne... sans être au final très marquant. Le disque terminé, on cherche encore la cohérence de l'idée, ce qui, au-delà des destins tragiques et du chant tourmenté, uni lady Day et Piaf lorsqu'on enlève les mots.
Guillaume Bourgault-Côté

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DVD EN CONCERT
Grand Corps Malade
Anouche-Universal - Dep

Du spectacle de Grand Corps Malade, tel que filmé en septembre dernier à La Cigale, peu à dire, puisque peu à voir. Ou alors trop. On pourrait fermer les yeux et les mots du grand gaillard ne frapperaient pas moins les enclumes que sa canne le bitume. Remarquez, la caméra l'aime, Fabien dit GCM a ce visage beau et franc, regard droit devant. Mais on se passerait de tous ces plans sur les musiciens, d'autant qu'on se passerait de la musique, accompagnement jazzy-variétés qui distrait l'oreille de l'essentiel. Le verbe, la verve, la voix. Le slam, quoi. C'est patent quand GCM sert Pères et mères sans rien autour. L'attention croît. Dans L'Envers du décor, making of de routine (répétitions, coulisses), tout le temps va aux collaborateurs, et on ne sait rien de plus sur notre héros, sinon qu'il aime son monde. Un second docu, Éducation nationale - Un slam en débat, intéressera ceux que l'éducation en France intéresse. Le mieux est encore d'aller voir Grand Corps Malade en personne, ce soir à Wilfrid.
Sylvain Cormier

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Punk
13 REASONS TO FUCK
The Horny Bitches
Trigger Records

Elles sont trois, montréalaises, et pas manchotes. Il y a Virgin Slut à la guitare, Izabitch à la batterie et Juicy Mary à la basse. Non, c'est pas de naissance. Ces demoiselles donnent dans le punk première époque, d'allégeance très Runaways, Suzi Quatro et Joan Jett, un chouïa plus hardcore. Des filles qui font du bruit, rien de neuf là-dedans. Belle énergie. Si j'en parle, c'est parce que c'est drôle, tellement elles se la jouent exprès salopes extrêmes. Voyez le nom du groupe, avec la fonte en forme de bites. En spectacle, ça reste à vérifier, mais pour ce qui est des textes (incompréhensibles autrement qu'en les lisant dans le livret), c'est si caricaturalement porno qu'on se marre. C'est pas mêlant, il y a une chanson par perversité, 1-800-Tie Me Up pour le sadomaso à domicile, Scatlovers pour les fonctions gastriques, My Ass Is A Storage Room pour les insertions diverses, etc. Tout y passe, et j'en passe, et des meilleures. Choquant? Excitant? Mais non. Même pas cochon. Convenu.
Sylvain Cormier

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Classique
ULLMANN
Symphonies n° 1 et 2. Orchestre philharmonique de Bruxelles, Gerd Albrecht. Glossa GCDSA 920208 (SRI)

Viktor Ullmann (1898-1944) est l'une des victimes les plus célèbres du camp «modèle» de Teresienstadt (Terezin). Il fit partie du sinistre convoi de la nuit du 16 octobre 1944 qui envoya également à la mort, à Auschwitz, Pavel Haas et Hans Krasa. Ullmann composa au camp le cynique opéra Der Kaiser von Atlantis. Sa vie a été racontée dans un DVD, Passagers étrangers - Sur les traces de Viktor Ullmann, que nous vous avions recommandé à sa sortie. En fait, Ullmann n'a jamais écrit de symphonies: celles-ci ont été constituées par Bernhardt Wulff à partir des Sonates pour piano n° 5 et n° 7 composées au camp, des annotations laissant à penser qu'Ullmann envisageait de les orchestrer. L'univers musical de ces oeuvres est mâtiné de Mahler, de Prokofiev, de Chostakovitch, avec un zeste de sensualité nostalgique à la Richard Strauss.
Christophe Huss


   


        Le 2e mouvement de la 2e Symphonie de Ullmann


   

1 commentaire
  • Michele Dorais - Inscrite 19 février 2010 07 h 17

    bele idée ces extraits sonore !

    Découvrir sur-le-champ ce dont il est question...voilà une bien bonne idée.
    Merci.