Festival Montréal en lumière - L'âme chansonnière de Maria de Medeiros

Maria de Medeiros a connu les poètes brésiliens à Lisbonne pendant la période de la Révolution des œillets.
Photo: Pedro Ferreira Maria de Medeiros a connu les poètes brésiliens à Lisbonne pendant la période de la Révolution des œillets.

On l'a connue comme actrice, notamment dans Pulp Fiction, Henry & June et Le Polygraphe de Robert Lepage. Le mois dernier, elle est montée sur la scène de l'Espace Go pour jouer dans Sextett, une pièce de théâtre de Rémi de Vos. C'est pourtant comme interprète de chansons que l'on retrouvera Maria de Medeiros demain et dimanche soir à la Cinquième salle de la Place des Arts. Elle y offrira des pièces de ses deux albums, de même que quelques chansons françaises de son cru.

Si elle a grandi en exil à Vienne dans un milieu classique et si la musique fut toujours présente chez elle, l'artiste française d'origine portugaise demeurait intimidée par la chanson. En 2005, la tenue de l'Année du Brésil en France allait la convaincre de plonger dans cette forme d'art nouvelle pour elle. Elle crée le récital A Little More Blue, qui porte les mots de Chico Buarque, de Caetano Veloso et de Gilberto Gil, des auteurs brésiliens engagés qui ont connu l'exil et dont certains titres furent interdits pendant les années de la dictature. A Little More Blue deviendra l'objet d'un premier disque.

L'artiste en explique la démarche: «Je me suis dit que l'on restait le plus souvent à la superficie de la musique brésilienne. Elle est pourtant indissociable de son contenu. J'ai donc voulu rendre hommage à des poèmes extrêmement subversifs qui révélaient des cris sous forme de messages codés pour permettre de passer à travers les mailles de la censure. Et, par rapport à la France plus cartésienne, il est intéressant de constater que les auteurs brésiliens ont une pensée du monde qui passe aussi par l'intelligence sensitive.»

Elle parle doucement, chante délicatement, se livre intimement et s'entoure d'abord, sur A Little More Blue, de musiciens classiques non initiés à la culture brésilienne. De la valse de même que des chansons de jazz samba ou de bossa y sont parfois mâtinées de climats

baroques ou d'atmosphères étranges qui apparaissent par doses subtiles: des à-côtés sensibles qui confèrent au disque toute son originalité.

Maria de Medeiros a connu les poètes brésiliens à Lisbonne pendant la période de la Révolution des oeillets. Pour quelle raison n'a-t-elle donc pas également choisi des textes de José Afonso, le chantre national portugais qui a accompagné le mouvement politique? «J'y arrive, répond-elle. Péninsules & continents, mon deuxième album, renferme des titres d'Afonso et de Sérgio Godinho. J'y aborde les allers-retours entre les deux côtés de l'Atlantique, de même que les apports réciproques entre les péninsules ibérique et italienne. J'y interprète du Nino Rota, j'y chante en catalan et j'y intègre également des pièces angolaises qui ont reçu l'influence du fado.»

Mais, de ce côté-ci de la grande flaque, Maria de Medeiros invitera à Montréal Itacyr Bocato, un immense tromboniste qui a accompagné l'icône Elis. Belle continuité chansonnière.

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À la Cinquième salle de la Place des Arts demain et dimanche. Renseignements:
514 288-9955, 1 800 477-9955.

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Collaborateur du Devoir