Chanson - Les révolutions de Bïa

Jeudi dernier, au Studio-Théâtre de la Place des Arts, une douce étincelle rayonnait, alors que Bïa, séductrice et tout en délicatesse, offrait un répertoire de chansons qui viennent de son enfance et d'autres qui respirent çà et là sur ses disques. L'heure n'était pas à la contrainte, mais au voyage librement assumé en duo avec Yves Desrosiers, le maître de texture qui peignait des atmosphères subtiles sur des chansons mélancoliques, tristes, intimes, engagées et parfois plus emportées.

On a connu Bïa plus causeuse, plus rieuse. Mais on était happé par cette intimité si enveloppante. On se sentait plongés dans Les Révolutions de Marina, récit que Bïa a fait paraître à l'automne dernier et qui relate le parcours initiatique de départs en arrivées et de ports en villes, d'une artiste à l'identité mouvante, isolée dans l'exil et ouverte à plusieurs doubles cultures dans les univers lusophones, hispanophones et francophones. Ici, ces mondes fusionnent naturellement, tout comme le choix des auteurs: des plus engagés aux plus romantiques, des plus anarchistes aux plus désinvoltes. S'y marient les mots de Yupanqui, Simon Diaz, Serrat, Ibáñez, Brassens, Buarque, Salvador, Biolay et... Bïa Krieger.

Elle caresse les chansons, dit tout bas, change de langues et d'accents, varie les teintes vocales. Elle deviendra mélodramatique ou rappellera la mélopée sur un air espagnol, se lancera dans une envolée avec retenue sur un fado, mélangera les demi-teintes à la façon de Barbara en français. Elle n'oubliera pas non plus Lhasa, cette soeur de liberté avec qui elle avait partagé la splendide Los hermanos.

Parmi les dernières révolutions de la vie de Bïa: le Québec, Amérique du Nord. Elle y côtoie Yves Desrosiers qui s'adapte merveilleusement à elle avec guitare et lapsteel, en créant des espaces aérés ou des images sonores lunaires, jouant plus harmonique en bossa, livrant des solos, attaquant plus gravement la dissidence de Vissotsky. Avec lui, la chanteuse peut même faire sortir des sons gutturaux en anglais. Ensemble, ils iront jusqu'à la manière slave. À la fin, Bïa portera l'âme de sa plus récente terre d'accueil. Un dernier coup de tendresse: Que bom você - Une chance qu'on s'a, du Ferland en portugais. On aurait voulu ne plus la quitter.

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- En tournée québécoise jusqu'au 22 mai
- Au Studio-Théâtre de la Place des Arts les 18 et 25 février à 20h

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Collaborateur du Devoir