Owen Pallett: fantaisie militaire

Owen Pallett a gagné en 2006 le prestigieux prix Polaris.
Photo: Ryan Pfluger Owen Pallett a gagné en 2006 le prestigieux prix Polaris.

Il y a de ces albums qui, même pour les mélomanes les plus aguerris, représentent un défi. Non pas parce qu'ils sont bruyants ou qu'ils nous agressent, mais parce qu'ils osent, qu'ils mélangent des ingrédients à première vue insolubles, et que le résultat déstabilise. Et séduit à la fois.

C'est pile-poil ce qu'on ressent en écoutant Heartland, le troisième disque du Canadien Owen Pallett, qui s'est fait connaître sous le nom de Final Fantasy mais qui vient de reprendre son nom de baptême pour éviter les ennuis avec les créateurs du jeu vidéo. Le violoniste de 30 ans nous plonge dans un univers onirique, où un orchestre symphonique se heurte à des sonorités électroniques. Ce choc prend la forme de chansons intrigantes et ténébreuses.

Pallett, qui a gagné en 2006 le prestigieux prix Polaris récompensant les artistes canadiens, est malgré son jeune âge un compositeur hors pair. Musicien depuis qu'il a trois ans, il est à l'aise en écrivant des arrangements de cordes, ce qu'il a fait pour de nombreux artistes, dont Arcade Fire, Grizzly Bear, Beirut et plus récemment Mika.

Pourtant, Owen Pallett refuse de parler de Heartland comme d'un album inspiré par la musique classique, et ce, même si on peut y entendre un ensemble à cordes et à vents, le Czech Symphony Strings et le St. Kitts Winds. «Je me suis même forcé à me tenir loin de toute référence à la musique classique. Tout ce que j'ai écouté, c'est de la musique électronique, parce que c'est de là que je voulais que ma musique vienne!, s'exclame le violoniste et chanteur. Mon coeur appartient à la musique électronique.»

Il y a bien sûr des musiciens faits de chair et d'os sur Heartland, comme Jeremy Gara d'Arcade Fire, mais les textures artificielles sont toutefois au centre de ce disque. Aux pizzicatos et aux montées grandioses des cordes s'ajoutent des bips, des claps, des bing tirés de machines bien synthétiques, des rythmes répétitifs issus de batteries à la peau numérique. Un côté médiéval, et un côté futuriste, comme dans le jeu Final Fantasy, finalement. «Je voulais vraiment que cet album sonne comme si j'étais dans un autre monde, et non pas comme si j'étais dans le salon des gens avec mon violon. Je voulais capturer ces sons étranges, non familiers. [...] Je préfère me voir échouer plutôt que de faire quelque chose d'ennuyeux.»

Le chanteur, ouvertement gai, raconte une histoire encore une fois confondante, où, en terre de Spectrum, un personnage plutôt violent nommé Lewis (chanté par Pallett), se rapproche de son créateur (toujours Pallett). «Lewis passe par différentes phases, m'aimant, me détestant... c'est vraiment un disque sur les relations! Lewis est comme un archétype de tous les garçons qui m'attirent. Pas seulement sexuellement, mais aussi d'un point de vue romantique. Je ne suis pourtant pas violent du tout, mais il y a une partie de moi qui fantasme sur les soldats, la guerre...»

Nous sommes donc à des années-lumière des chansons génériques qui envahissent nos ondes FM, qui ont l'air de petites bêtes bien pâles à côté des créations de l'excentrique Owen Pallett. Toutefois, précise l'artiste, tout n'est pas rose quand un musicien gai assume sa sexualité jusque dans sa musique. «Une bonne partie des acheteurs de musique est hétérosexuelle. Et je ne crois pas que les gens puissent honnêtement écouter une chanson d'amour écrite par un gai et s'y identifier en tant qu'hétérosexuel. C'est facile comme choix de vie, mais c'est plus dur pour vendre des disques!»

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- Heartland est déjà en magasin

- Au théâtre Outremont le samedi 20 février dans le cadre du festival Montréal en lumière. 20 $.