Vitrine du disque du 12 février 2010

Disque
Photo: Disque

Bande originale: Gainsbourg (Vie héroïque)/Artistes divers/Polydor-Universal - Dep: C'est impeccablementrecréé, rien à redire. Les meilleurs sont mis à contribution, Albin de la Simone pianote, David Dupuy trompine de la trompinette très exactement comme Boris Vian, les gars de Dionysos servent un Nazi Rock plus punk que nature, Emily Loizeau et Jeanne Cherhal s'acquittent hystériquement à souhait de leurs chœurs de soul mamas dans Qui est «In», qui est «Out»?, etc. Mais l'acteur Éric Elsomino en beau Serge? Avec la Casta en Bardot? Sara Forestier en France Gall? Dans le film, qu'ils chantent pour vrai ajoute à l'impression d'y être. À l'audio seulement, ça ne tient pas. C'est totalement illégitime sans les images, aussi irrecevable que Sébastien Ricard simulant Dédé sur la bande originale de Dédé à travers les brumes. Seul Katerine demeure Katerine, refusant d'imiter Boris Vian, ce qui rend son duo avec le faux Gainsbourg plus incongru encore. Pire quand s'immisce la vraie de vraie mouture Serge-Jane de Je t'aime... moi non plus: tout le reste est dénoncé. Attendons le DVD.

WHERE I COME FROM
A Tribute to Hank Williams
Patrick Norman
Disques GPN - Dep

Un autre album de reprises, je ne vous le fais pas dire. Ça n’a pourtant rien à voir, on est dans l’intemporel, Hank Williams vit en Patrick Norman depuis avant qu’il ne gratte sa première sèche. C’est de l’ordre de l’identité génétique. Le bon Pat ne reprend rien, le répertoire de Luke The Drifter est son alphabet, sa grammaire, son langage. À la différence des pickings de Chet Atkins, qui relèvent chez lui de l’acquis, son Hank est inné. Et tout naturellement, ça lui sort du corps par les pores, sudation de l’âme. Pas de filtre, pas de détournement. C’est du Hank tel que Hank faisait du Hank. On est loin d’un Thorogood brutalisant Move It on Over. De fait, si ce n’était de ce timbre d’ange, de cette douceur du vibrato, de cette tendresse que «Pat» confère à tout ce qu’il chante, on se croirait en 1952 sur la scène du Louisiane Hayride. Impossible d’être plus authentique, plus rigoureusement pedal steel-fiddle-guitare (bravo à Gilles Valiquette le réalisateur). C’est plus qu’un hommage: la vérité même. 
Sylvain Cormier

Patrick Norman: Cold, Cold Heart




POINT D’INTERROGATION – QUESTION MARK
Namori
Indépendant / www.namori.com
 
La frappe de la batterie tombe comme un coup de tonnerre. Namori, batteur vitaminé, chanteur, auteur-compositeur et personnage hors normes, est arrivé de la Côte d’Ivoire avec la ferme intention de propulser son afro jazz fusion ou ses chansons à texte comportant des morales de droiture ou des messages pour la protection de l’environnement. «Tant que la terre n’est pas nourrie / l’humain ne sera jamais nourri», chante-t-il en plusieurs langues, dont le dioula et le gourou, idiome de la première terre qui l’a nourri. Il s’inspire des rythmes traditionnels, intègre d’autres grooves afro, libère les basses fréquences, chante des phrases courtes en battant sans relâche. On est parfois plus proche de l’afrofunk ou du reggae, mais lorsqu’il se met à la guitare, il joue seul et fort. Plus que dans son premier disque paru en 2006, il creuse à fond dans sa démarche, faisant même ressortir plus de lumière que jamais. (extraitsonoresur ledevoir.com/culture/musique)
Yves Bernard

Namori: Gouro Fla

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Classique
Fauré
Quatuors avec piano. Deux versions: Trio Wanderer et Antoine Tamestit (alto). Harmonia Mundi HMC 902 032. Hermitage String Trio et Kathryn Stott (piano). Chandos 10582.

Fauré a beaucoup de chance ces derniers temps. Chez Zig Zag Territoires vient de paraître un précieux CD de mélodies par Karine Deshayes. Et voici deux enregistrements on ne peut plus contrastés des Quatuors avec piano op. 15 et op. 45. La Barque à Giverny de Monet, tableau qui orne le CD de l'Hermitage String Trio, est on ne peut mieux choisi pour ce camaïeu musical très fondu, aux contours adoucis. C'est Fauré tel qu'attendu: feutré. La Grande Jatte de Seurat en couverture du disque des Wanderer, c'est une infinité de touches qui dessinent des contours plus nets. Il y a aussi plus de lumière et de variété de couleurs. C'est si précisément ce qu'on entend. La question est de savoir si les Wanderer surexposent Fauré. Ma réponse est non, d'autant que leur manière de faire couler une phrase musicale dans l'autre est suprême. Oeuvres à connaître et avantage aux Wanderer.

Christophe Huss

Fauré selon le Trio Wanderer

Fauré selon Hermitage String Trio



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Classique
 Rachmaninov
 Concerto pour piano n° 3. Rhapsodie sur un thème de Paganini.
 Denis Matsuev (piano), Orchestre du Mariiski de Saint-Pétersbourg, Valery Gergiev. Mariiski MAR 0505 (SRI).

Voilà qui risque de vous mettre l'eau à la bouche en vue du concert du 14 mars prochain à Montréal, où les mêmes artistes joueront ce fameux «Rach3». Denis Matsuev est le nouveau M. Muscle du piano. Outre la puissance, l'avantage par rapport à Lang Lang (qui est plus véloce que vraiment puissant), c'est sa compréhension stylistique, plus innée, surtout s'agissant de Rachmaninov. Comme dans son disque des concertos de Chostakovitch et Tchaïkovski, Matsuev nous fait une démonstration virtuose enthousiasmante, mais où la virtuosité n'est jamais une fin en soi. J'ai aussi beaucoup apprécié l'attention de Valery Gergiev, qui ne s'est toujours pas montré aussi intéressé par l'accompagnement de concertos. Les ingénieurs du son ont rendu justice à cette grande fête du piano, avec une balance avantageant le soliste, mais un orchestre lisible et aux sonorités profondes.

C. H.

Rachmaninov: Rhapsodie sur un thème de Paganini


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Rock
Lights Off - EP
 Lights Off
Opposite Attracts Records

Le groupe Lights Off, qui livre ici un premier mini-album de six pièces, est encore tout frais, même si ses musiciens ont vu de l'eau couler sous les ponts de la scène musicale québécoise. À la barre du groupe, on retrouve le batteur Patrick Naud (Les Breastfeeders, ex-Caféïne), qui troque ici ses cymbales pour le crayon et le micro, ainsi que le guitariste Gregory Paquet (ex-The Stills). Ils livrent ici des titres en anglais qui ne sont pas vraiment assaisonnés à la sauce du jour, mais qui sont très efficaces. Parce qu'à l'écoute de Lights Off, on replonge dans des sonorités rock des années 1990, quelque part entre le grunge et la pop bonbon, avec une tendance british par moments. Les mélodies vocales sont un peu soulignées au crayon gras, ce qui est parfois agaçant, mais ces six pièces sont heureusement remplies de surprises, comme ce mélodica inattendu sur Were the Night Takes You. Un bon premier pas, on attend la suite. Lancement ce soir à 21h à l'Escogriffe, à Montréal.

Philippe Papineau