Concerts classiques - La testostérone du Liedersänger, le soir

Première venue au Canada du baryton Florian Boesch, qui, comme ses grands prédécesseurs de la sphère germanique, équilibre son activité entre l'opéra, la musique sacrée et le récital de lieder. Il est déjà un habitué des plus grandes salles (Salzbourg, Amsterdam, Londres, New York). Bref, un chanteur international comme seule la Société musicale André-Turp (SMAT) nous les présente.

Les bons mots s'arrêteront là. Florian Boesch a fait forte impression mercredi. Très forte, même... en décibels! J'imagine que les membranes des micros de Radio-Canada se sont décollées et que matante Denise a pété son sonotone. Moi, je me suis reculé dans la salle en seconde partie.

Si Florian Boesch est le Kammersänger (on nomme «chanteurs de chambre» les spécialistes reconnus de la mélodie allemande) de la nouvelle génération, il faut se préparer à des lendemains qui déchantent.

Contextualisons. Le fin du fin pour le baryton moderne est d'exhiber ses pectoraux sur une scène d'opéra. Erwin Schrott, Nathan Gunn et Teddy Tahu Rhodes sont les top-modèles du genre. Boesch, lui, est un exhibitionniste de la glotte, faisant ressortir dans ce répertoire une animalité jusqu'ici oubliée.

L'organe (la voix) est impressionnant; puissant, vous l'avez compris. L'approche très théâtrale convient marginalement, le terrain d'application se réduisant à mon sens à la saynète Belsatzar de Schumann. Il est clair que je n'ai pas aimé le style. Je ne suis pas non plus un fan de ce timbre un peu froid, qui nasalise très légèrement sur les «i» et les «é» et m'avoue totalement allergique aux petits effets de détimbrement, comme dans Die Taubenpost, en rappel. Lorsque Boesch détimbre, il ne reste que le souffle. C'est laid et factice. Too much, comme tout le reste.

Oui, Boesch fera une grande carrière avec un tel airain vocal. Mais au temps de Schubert, si un type avait vociféré ainsi dans un salon, on l'aurait mis aux arrêts. Aujourd'hui, on l'acclame.