Le décès, à l'âge de 63 ans, de la chanteuse québécoise secoue la communauté artistique

Kate McGarrigle «est partie dans un nuage de chansons et d'amour, entourée de sa famille et de ses bons amis», pouvait-on lire hier sur le site Internet du groupe qu'elle formait avec sa soeur aînée, Anna McGarrigle.

Connue mondialement dans le milieu folk, comme le rappelle Sylvain Cormier dans le texte ci-dessus, Kate McGarrigle aura su entremêler ses racines québécoises et canadiennes, faisant toujours preuve d'une grande ouverture envers la culture francophone.

«Sa formidable présence sur scène, sa façon toute naturelle de toucher les auditoires francophones, qui l'accueillaient avec chaleur, témoignent de la relation très spéciale qu'elle entretenait autant avec le public francophone qu'avec le public anglophone», a déclaré Kari Cullen, productrice du Gala des Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle, lequel saluait les soeurs McGarrigle pour l'ensemble de leur oeuvre en 2004.

«[Kate et Anna McGarrigle] étaient des anglophones au milieu de gens qui chantaient en français, a rappelé hier la ministre de la Culture, Christine St-Pierre. Mais elles étaient intéressées à chanter en français pour montrer aux francophones du Québec que des anglophones s'intéressaient à leur culture et à leur identité. Elles sentaient qu'elles faisaient partie de l'identité québécoise.»

À Ottawa, le Centre national des arts a mis ses drapeaux en berne, en soulignant à quel point «les McGarrigle Sisters (Kate et Anna) ont marqué profondément la vie culturelle de notre pays».

«[Kate] a apporté à la musique mondiale une transparence et une franchise, une modestie, malgré le génie», a pour sa part indiqué l'auteur-compositeur Jim Corcoran, qui a eu l'occasion de chanter sur scène au côté des deux soeurs, de même qu'avec la fille de Kate, Martha Wainwright. Il gardera de la musicienne le souvenir d'une femme franche, talentueuse, mais très modeste.

«C'était une personne bien au-delà [de la] coquetterie qu'impose la chanson populaire et le show-business. Elle était la même personne dans son salon que sur scène, a-t-il ajouté. C'était une personne profondément intéressée par la création et l'honnêteté en création.»

Le beau-frère de Kate McGarrigle, Dane Lanken, a confirmé qu'elle s'est éteinte à son domicile de Montréal lundi soir, entourée de ses soeurs Jane et Anna ainsi que de ses enfants, Martha et Rufus Wainwright. Ce dernier avait dû annuler sa tournée australienne en raison de l'état de santé critique de sa mère. La dame du folk luttait contre le cancer depuis l'été 2006. La maladie avait tout d'abord attaqué son intestin avant de se propager à son foie.


Douce mère

«Je vais m'ennuyer de toi, mère, ma douce et vaillante exploratrice», a écrit Rufus Wainwright sur le site Internet des soeurs McGarrigle. Bien qu'elle ait finalement perdu sa bataille contre le cancer, il a tenu à ajouter que «cette bataille a été très fructueuse dans les trois dernières années et demie de sa vie. Oui, ce fut trop bref, mais comme je l'ai dit à sa soeur, Anna, la nuit dernière, assis à côté de son corps après la fin de sa lutte: il n'y a jamais assez de temps.»

Née à Montréal et ayant grandi à Saint-Sauveur, dans les Laurentides, Kate McGarrigle a été mariée au chanteur américain Loudon Wainwright III, de qui elle était divorcée.

Les soeurs McGarrigle ont produit ensemble une dizaine d'albums au cours des dernières décennies. Elles ont reçu de nombreuses récompenses prestigieuses, dont l'Ordre du Canada en 1994 et le Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène en 2004.

Dans les années 1960, Kate avait étudié l'ingénierie à l'Université McGill pendant qu'Anna étudiait la peinture à l'École des beaux-arts. C'est aussi à ce moment qu'elles ont commencé à composer des chansons qui seront reprises par des artistes plus connus, ce qui ouvrira la porte à l'enregistrement de leur premier album.

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Avec La Presse canadienne