Décès de Lhasa de Sela - Un au revoir aussi discret que poignant

La chanteuse lors du lancement de son plus récent album, Lhasa, en mars 2009.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La chanteuse lors du lancement de son plus récent album, Lhasa, en mars 2009.

Beaucoup de discrétion et d'amour entourent le départ précoce de la chanteuse Lhasa de Sela, emportée par un cancer du sein le 1er janvier, à l'âge de 37 ans. Si la famille a tout fait pour repousser l'annonce de sa mort, afin de vivre son deuil en paix, la communauté a également livré des témoignages aussi pudiques que poignants. Une délicatesse qui en dit long sur l'onde de choc qu'a provoquée la mort de cette artiste qui ralliait des mélomanes de tout genre.

Joint à Paris où il est en résidence, l'auteur-compositeur-interprète Thomas Hellman a évoqué «un choc» qui a «ébranlé beaucoup de monde». Peu loquace, celui qui a partagé une année de sa vie avec Lhasa de Sela n'a pas voulu commenter davantage, laissant peut-être à une chanson éventuelle le soin de mieux traduire la perte de cette femme et artiste singulière.

«Elle était toujours dans une quête de justesse, de vérité, d'authenticité», confiait pour sa part la chanteuse d'origine brésilienne Bïa, qui évite le sujet de sa maladie, sujet trop intime et trop douloureux. «Jamais elle n'aurait fait quelque chose pour plaire. Au contraire, elle était plutôt réservée, très secrète, elle n'avait pas tendance à pérorer sur ce qu'elle faisait. Elle croyait que les belles choses parlaient d'elles-mêmes.»

Une femme exceptionnelle

Cette authenticité, Lhasa de Sela l'a d'abord cherchée dans la langue espagnole de son père mexicain, puis dans le mélange de cultures et le trilinguisme qui la définissent. Née dans l'État de New York, Québécoise d'adoption, Lhasa de Sela a connu un succès mondial dès la parution de son premier album en 1997, La Llorona, réalisé avec Yves Desrosiers.

Ce dernier a dit avoir perdu un gros morceau de lui-même. Artistiquement, c'est le meilleur coup qu'il a pu faire en carrière, a-t-il relaté, ajoutant qu'une foule de souvenirs se bousculent dans sa tête depuis les derniers jours.

«Au-delà de l'artiste, c'est la femme exceptionnelle qu'elle était qui nous manquera», soulignait, par voie de communiqué, la maison de disques Audiogram, qui l'accompagne depuis ses débuts. Même le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, a déploré le «vide considérable» que laisse son départ prématuré dans le milieu québécois et canadien de la chanson.

Ses trois albums — La Llorona, The Living Road (2003) et Lhasa (2009) — se sont vendus à plus d'un million d'exemplaires à travers le monde. The Living Road, en partie écrit en France, a été récemment classé parmi les dix meilleurs albums de la dernière décennie par le Times de Londres. L'artiste elle-même a été sacrée meilleure artiste des Amériques par les BBC World Music Awards en 2005.

Les échos du monde entier commençaient d'ailleurs à se faire entendre hier. Le site des Inrockuptibles offrait ses trois albums en écoute intégrale. On retrouve Lhasa de Sela à la une du quotidien Libération aujourd'hui. La chaîne Europe 1 lui rendra hommage le samedi 9 janvier en rediffusant son dernier spectacle live et sa dernière entrevue au micro français.

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Avec La Presse canadienne