Les cinq meilleurs disques de jazz de 2009 - Ces espaces de liberté

Joshua Redman, Compass
Photo: Joshua Redman, Compass

C'était en juillet, Joshua Redman sur scène, entouré de deux sections rythmiques, contrebasses et batteries en effet miroir. Barracuda, la pièce: furieusement relevée, inspirée et enivrante. Pure sensation.

La dernière note soufflée, le théâtre Maisonneuve a explosé. Ovation monstre parce que cette musique était vivante, quasi tribale et qu'elle sentait bon la vie. Un pur espace de liberté.

Alors, voilà: de la scène au studio, Redman remporte la palme du coup de coeur durable 2009. Et si d'autres ont aussi marqué leur bout de jardin respectif, Jill Barber (Chances, vocal pop-rétro), Abdullah Ibrahim (Senzo, piano solo), Robert Glasper (Double Booked, piano trio), Willie Nelson (American Classics en crooner), les cinq qui suivent ont laissé des sillons plus profonds.


1. Joshua Redman, Compass, (Nonesuch).

Le concert au FIJM fut mémorable, l'album l'est tout autant. Le saxophoniste se produit avec un «double trio», concept garant d'une puissance rythmique étonnante. Le ténor de Redman est majestueux: de l'audace plein les notes, du souffle, des nuances et des éclats, des lignes mélodiques et harmoniques finalement déployées, autant dans le bop que les ballades. En toute chose: un grand disque de jazz, alliant rigueur et plaisir.


2. Anouar Brahem, The Astounding Eyes Of Rita, (ECM).

L'oud de Brahem, une contrebasse, une darbouka et la clarinette basse de Klaus Gesing: un art de la lenteur parfaitement maîtrisé, une ambiance méditative où le «jazz arabe» du Tunisien révèle toute la richesse de ses subtilités. Lignes hypermélodiques, rythmiques envoûtantes, Brahem convie encore à une célébration du raffinement et de la beauté.


3. Yaron Herman, Muse (Naïve).

Au chapitre des découvertes, on retiendra deux noms de 2009: les pianistes Aaron Parks (Invisible Cinema) et Yaron Herman. Avec une courte préférence pour ce dernier; l'album Muse témoigne des nombreuses qualités du jeune musicien. Improvisateur brillant, virtuose éloquent et groupe qui vise les meilleurs du genre: on adhère.


4. André Leroux, Corpus Callosum (Effendi).

Le premier album du saxophoniste québécois André Leroux est tout entier traversé du souffle de John Coltrane. Dans l'âme, mais aussi dans le son: puissance rare de l'expression, subtilité des nuances, virtuosité contrôlée, discours étoffé, André Leroux a la profondeur et le grain des plus inspirants.


5. Brian Blade, Mama Rosa (2009) et Season of Changes (2008).

Deux disques pour un seul homme qui cultive les collaborations les plus prestigieuses et variées (Lanois, Dylan, Shorter, Redman). Formidable batteur et directeur de groupe (Season of Changes en témoigne bien), Blade est aussi un guitariste et auteur-compositeur dont la soul-folk (Mama Rosa) confirme un talent et une personnalité rares.

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