Jazz - La densité de Labbé

La semaine dernière, on mentionnait que le Different Dylan du pianiste et chanteur Ben Sidran terminait bien l'année. Il se trouve parfois qu'après certaines terminaisons se cachent aussi des conclusions épatantes. Grâce aux dieux et déesses de la Grèce antique, on en a repéré une. Et une grande.

Bon. Comment dire... Question son du saxophone «taie-nord», vous aimez celui de Ben Webster, Don Byas ou Eddie Lockjaw Davis, vous l'aimez épais comme dans dense? Eau quai! Question esthétique, et non école, vous caressez le rêve d'entendre un Ben Webster de notre époque dite post-moderne qui aime bien décaper, qui aime bien s'aventurer là où le bipède souhaite que d'autres s'aventurent pour lui? Eau quai!

Puisque c'est le cas, alors Pierre Labbé est votre homme. Si sa géographie professionnelle se confond avant tout avec le territoire montréalais, sachez que sa musique, par ses qualités, ses beautés, ses interrogations, ses ponctuations, fait de Labbé comme de Jean-Felix Mailloux, Jean Derome ou Normand Guilbeault un musicien du monde-mondial. Bon ou bien, c'est au choix.

Intitulé Manivelle, cet album a été publié par Ambiances magnétiques. Bien. Labbé, pour interpréter SES compositions, car entre autres qualités il écrit tous les morceaux, a fait appel aux diverses maîtrises musicales du guitariste Bernard Falaise, du contrebassiste Clinton Ryder et du batteur Isaiah Ceccarelli. Bon.

Dès l'amorce de Manivelle, il s'agit de Pour le moment, on est saisi, capté, ébloui, par l'ampleur du son de Labbé et par la mélodie. Ça se siffle. Attention! Ça se siffle dans le bon sens du verbe. Certains morceaux, on pense à Fès, mettent en relief les lenteurs des langueurs. Pas celles du spleen ou du mal de vivre à gogo, mais bien les langueurs des chaleurs. D'autres régalent comme étonnent parce qu'elles nous déstabilisent quelque peu. Chose certaine, Manivelle est une célébration de la musique, du jazz comme des autres, de la première note à la dernière. Chapeau!


En rafales

- Oh la la! La distribution, ça devient aussi complexe que la confection de la bouillabaisse. Soit dit en passant, du safran espagnol touillé avec du piment d'Espelette... On s'écarte? Eau quai! De quoi s'agit-il? Ah oui! De Verve. Grand label qu'avait fondé Norman Granz à la fin des années 40, Verve propose dans le cadre de la série Originals des enregistrements réalisés par les gros canons de l'époque à l'exception de Coltrane, Monk, Gordon, Rollins et Miles Davis. Toujours est-il que grâce à cette initiative, on peut entendre des albums qui avaient disparu pendant des lunes des bacs des disquaires. Bon. Cette semaine, on a mis la main sur Basie Land de Count Basie chez HMV (13 $ sans les taxes) et sur un vieux Oscar Peterson. Le titre? Peterson Plays the Jerome Kern Book. Celui-là, on l'a acheté 13 $ sans les taxes chez Archambault. C'est du Peterson à son meilleur parce que c'est Peterson en compagnie de Ray Brown à la contrebasse et d'Ed Thigpen à la batterie. C'est du bonbon. Et ce, dans les deux cas.

- Bonne nouvelle! La formation Cordâme, qui a publié il y a peu un splendide album intitulé Migration, occupera la scène du Upstair's les 22 et 23 janvier prochain. Cordâme, c'est Marie Neige Lavigne au violon, Julie-Odile Gauthier-Morin au violoncelle et Jean-Félix Mailloux à la contrebasse, qui compose pratiquement tous les morceaux. Parfois, les percussionnistes Pierre Tanguay et Ziya Tabassian sont invités à se joindre à eux.

- À la une du dernier numéro de Jazz Magazine (9,50 $), il y a le saxophoniste Jan Garbarek. Ce mensuel propose également une entrevue avec McCoy Tyner et nous apprend que les bandes enregistrées par le chanteur Prince et Miles Davis font l'objet de négociations pour une sortie éventuelle.

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