Concerts classiques - Généreuse cacophonie

La critique est aisée et l'art est difficile. L'adage est encore plus vache qu'il n'y paraît: plus on remarque que l'art est difficile, plus la critique est aisée.


Il n'était donc pas sorcier, pour les spectateurs présents, de deviner ce qu'ils pourraient lire en ouvrant Le Devoir ce matin. Le dernier concert de l'année (avec Le Messie de Boris Brott, lundi) a aussi été, probablement, le plus pénible. En tous cas celui dont l'exécution fut la plus, disons, «gênante».

Gênante, parce qu'on aime bien I Musici: leur générosité, tout comme l'esprit vif et pince-sans-rire de Yuli Turovsky. S'il y a un ensemble auquel il faut souhaiter une bonne année 2010, c'est celui-ci. Car I Musici ne va pas très bien. Sur le plan financier, le montant du déficit cumulé va être révélé par la direction dans les prochaines semaines. D'ores et déjà des coupes ont été effectuées dans le personnel administratif et les musiciens joueront gratuitement des concerts de Noël à St-Lambert ce soir, Pointe-Claire, demain et Outremont - avec Natalie Choquette - dimanche.

On aimerait que les soucis ne soient «que» financiers, mais ils sont aussi musicaux et le concert d'hier mettait le doigt sur le bobo, en appuyant très fort dessus... Les Musici reprenaient la transcription pour cordes des Variations Goldberg, réalisée et enregistrée par Bernard Labadie, et proposaient en grande première une nouvelle transcription de Yuli Turovsky: une adaptation du Quintette «La Truite» de Schubert, qui prend le pari de se priver de la partie de piano.

Les deux adaptations reposent sur le même principe: utiliser - en succession, superposition ou dialogue - deux formations: un concertino (petit groupe de quatre solistes) et un ripieno (l'ensemble des musiciens). De ce point de vue, l'une et l'autre sont des tours de force. Jamais je n'aurais pu imaginer que Turovsky puisse se tirer aussi magistralement de l'absence de piano dans «La Truite».

Le problème est dans la composition du concertino. Pour dire les choses délicatement, Eleonora Turovsky n'a plus les facultés solistiques nécessaires pour être le leader d'un concertino. Le manque de tenue instrumentale et les problèmes d'intonation sont constants et criants. Le premier mouvement de Schubert a viré, par moments, à la cacophonie. On aurait dit que la chose devenait contagieuse et que tout le monde, ou presque, s'y mettait.

On était en droit d'attendre d'un directeur musical, fut-il le mari de sa première violoniste, qu'il sauve au moins une des deux oeuvres en convaincant sa dame, par exemple, qu'il serait intéressant de faire tourner l'effectif et de valoriser tout le monde. J'ai déjà posé la question ici: Les Musici sont-ils un ensemble musical ou une affaire de famille? La question demande à être tranchée. Dès 2010.

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