Vitrine du disque - 18 décembre 2009

Haendel
Photo: Haendel
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Classique
Bach
Oratorio de Noël. Veronika Winter, Wiebke Lehmkuhl, Jan Kobow, Markus Flaig, Rheinische Kantorei, Das Kleine Konzert, Hermann Max. CPO 777 459-2.

Hermann Max et sa Manécanterie rhénane sont plutôt connus pour leurs incursions dans des répertoires peu connus: La Betulia liberata de Naumann ou La Clémence de Scipion de CPE Bach, ainsi que pour les adaptations d'oeuvres connues; le Messie par Mozart, la Passion selon saint Jean par Robert Schumann, par exemple. C'est oublier un peu vite l'excellente Passion selon saint Matthieu de Bach, parue chez Capriccio au milieu des années 90. Cet Oratorio de Noël, malgré le manque de notoriété internationale des protagonistes, est donc chose sérieuse. Son argument majeur, destiné à ceux qui écoutent la musique en multicanal, d'être édité en SACD, joue peu. La mise en forme multicanal et timide et la version Harnoncourt de 2007 est aussi un SACD. L'interprétation est lumineuse et légère... un peu trop justement. Il y a ici un petit côté bondissant primesautier, agréable mais qui manque de consistance par rapport à Schreier, Harnoncourt II et Koopman, les meilleurs choix.
- Christophe Huss

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Afro-Pop
Warm Heart of Africa
The Very Best
Green Owl

L'enthousiasme du trio The Very Best est contagieux. Leur mélange euphorique de mélodie chantée en chichewa et de musique joyeusement rétro et pop aux ascendances électroniques rend tout simplement heureux. La boutique d'objets de seconde main du chanteur malawite Esau Mwamwaya était voisine de l'appartement d'un des membres du duo franco-suédois Radioclit à Londres. Leur rencontre mène à la production en 2008 d'un excellent «mixtape» gratuit, Esau Mwamwaya and Radioclit Are the Very Best. À la suite d'un engouement immense, ils décident de former un groupe et un premier album, Warm Heart of Africa, paru cet automne. Sur ce disque, qui comprend la participation de M.I.A. et d'Ezra Koenig (de Vampire Weekend), la légèreté de l'ambiance n'a d'équivalent que l'originalité des arrangements. Warm Heart of Africa est plus qu'un mélange bien orchestré de musique africaine et occidentale ou que cette «musique du monde» fourre-tout: c'est un album de pop solide et marquant, l'un des meilleurs de l'année.
- Étienne Côté-Paluck

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Monde
Nord
Catherine Lambert
Audience / SRI

En voici un qu'on avait laissé sur le haut de la pile des essentiels de l'automne. Après avoir chanté le Moyen Âge et des berceuses de toutes les origines, revoici Catherine Lambert sur les pistes du Nord, chantant des pièces anciennes de la Finlande, de la Suède, de la Norvège et de l'Estonie. Là où la lumière et l'obscurité peuvent le moins se confondre. Il en ressort pourtant beaucoup d'homogénéité. D'abord par rapport à l'ensemble de l'oeuvre de cette chanteuse à la voix éthérée, puis à cause du sens de la texture de l'arrangeur Dominique Lanoie. À l'écoute, on ressent le ralenti du silence aussi bien que l'immensité de l'espace. Guitare lap steel atmosphérique, trompette et piano minimalistes, instrument cristallin comme le santour ou intimiste comme le glockenspiel: tout est calme et serein. L'art de faire beaucoup sans que cela paraisse, pendant que la chanteuse survole si doucement les mélodies aériennes. Très beau et très pur.
- Yves Bernard

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Monde
Les chants de Taos Amrouche
Chants berbères de Kabylie
Frémeaux & Associés / SRI / 5 CD

À propos des chants de Taos Amrouche, le poète Kateb Yacine avait dit qu'ils représentaient la voix secrète d'un pays, l'Algérie inconquise des montagnards kabyles, mais aussi le génie et le coeur d'une Afrique immense. Il avait vu juste. C'était l'écho des chants majestueux où s'entremêlent les profondeurs de l'abîme et les airs cristallins. Et cette anthologie de cinq CD ne fait que confirmer la réputation de cette grande dame qui était passée par l'exil en Tunisie et en France avant de rendre l'âme. C'était le coup de tonnerre subtil, la force des guerriers, le chant de la terre et l'âme des ancêtres, la délicatesse qui survole la flûte de roseau, l'intimité de la méditation, le rythme de la transe obsédante et le grand chant profond, là où l'Afrique rejoint le flamenco, mais avec une voix très fluide qui ne dénature pourtant pas la déchirure. Un incontournable pour qui veut comprendre la richesse d'un peuple sans âge.
- Yves Bernard

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Chanson pop
Best Of
Vanessa Paradis
Barclay-Universal - Dep

Qui eût parié un gros dix qu'on en serait là, Vanessa et nous, plus de deux décennies après Joe le taxi, chanson-gimmick pour mateurs de gamines? Pas bibi. Création à la Pygmalion de Franck Langolff, Lolita des années 80, rien de plus. Et puis Gainsbourg le cher pervers pépère s'en mêla et un 2e album fut justifié. Deux ans plus tard, la petite était femme, Lenny Kravitz, le petit copain, et leur pop néo-sixties, géniale (Natural High). De Kravitz à Johnny Depp, c'était parti pour durer. D'autant que, sur scène, Vanessa épatait. La période -M- maintint le niveau au zénith (divin Divinidyllle), et voilà Gaétan Roussel de Louise Attaque prenant le relais avec la belle inédite qui ouvre ce Best Of (Il y a). Un plein disque supplémentaire mêlant versions acoustiques (dont Marilyn & John réarrangée par Albin de la Simone), rencontres heureuses (Birkin, Souchon) et reprises réussies (This Will Be Our Year, merveille des Zombies), rend l'achat plus que rentable. À cela près: il manque Les Cactus.
- Sylvain Cormier

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