Les vautours ont bien travaillé

Produits de qualité, la question n'est pas là. C'est seulement qu'on les voit tous bosser ferme dans leurs petites entreprises pour que ça sorte rapidement une fois que. Passant en mode échéancier serré dès la mort annoncée: c'est le côté pratique avec le cancer, on peut voir venir. Légère amertume aux commissures des lèvres, mon commissaire. Je l'ai toujours en travers de la gorge, cette mort, voyez? Ainsi le monde est-il fait: dans la douleur, se dit-on, le fan ne regarde pas à la dépense.

Dépensons donc. Quelques livres pour commencer. Celui de Patrick Amine, Monsieur rêve encore (Denoël, 2009), pour l'essentiel un bouquin d'entretiens très éclairants avec le défunt de son vivant (lapalissade voulue): d'abord paru en 2002, on l'a augmenté et rafraîchi en moins de temps qu'il n'a fallu pour que fanent les fleurs sur la tombe. Il y a la somme biographique de Marc Besse, Bashung(s), une vie (Albin Michel, 2009): du beau travail, avec préface du parolier attitré Jean Fauque, cautionnant l'ouvrage.

Et puis des disques. Il y a les deux du spectacle de la dernière heure, Dimanches à L'Élysée, enregistré en décembre 2008 à L'Élysée Montmartre. Sans l'image, au contraire du DVD de son dernier Olympia, Bashung n'est absolument pas émacié, pas du tout à l'article de la mort quand il chante J'passe pour une caravane, Comme un Lego et ses tendres relectures d'Everybody's Talkin', Blowin' in the Wind et Nights in White Satin. On ne se dit pas en écoutant ça: il est courageux. On se dit: c'est noble et c'est grand, quand Bashung chante.

Et il y a les 27 disques d'À perte de vue, la nouvelle intégrale plus intégrale que les autres intégrales, forcément. Il y avait eu l'éponyme de 1992, en neuf disques, avec des espaces pour les albums à venir. Et puis Les Hauts de Bashung, en 2002, intégrale doublement consistante, en 18 disques dont deux de «documents, duos, raretés» et un de pièces instrumentales. Ce coup-ci, avec les enregistrements publics en plus, les collaborations avec Chloé Mons et Rodolphe Burger en sus, et les suppléments bonifiés, ça fait le compte. Quoique, pour la troisième fois en trois intégrales, on omet les Super 45-tours et autres curiosités de jeunesse de la période 1966-1975. Comme si Bashung était une création spontanée, formidable et incontournable dès le premier album qui compte, le Roman-photos de 1977.

On ne commentera pas ici À perte de vue, faute d'avoir l'objet en main: y a-t-il eu rematriçages, remixages? À en juger par le «sampler» fourni en promo, Bashung est bien servi, et les fans qui n'ont pas déjà tout ça, aux quelques primes près, ne seront pas trop malheureux. Tristes, seulement tristes: ne sommes-nous pas encore en deuil?

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Dimanches à L'Élysée

À l'Olympia

À Perte de vue

Alain Bashung

Barclay-Universal

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