France - Le parti de Nicolas Sarkozy pirate une chanson de Luc Plamondon

Paris — Cela ressemble à l'histoire de l'arroseur arrosé. Même si le parti de Nicolas Sarkozy vient de faire voter une loi pour punir le piratage sur Internet, sa section jeunesse a été surprise hier en flagrant délit de piratage d'une chanson de Luc Plamondon. Alors que le clip (lip dub) de campagne circule déjà depuis plusieurs jours sur Internet, on a appris que les droits de la «chanson thème», interprétée par la Québécoise Marie-Mai sur le disque Star Académie 2009, n'avaient jamais été payés. Ils avaient même été formellement refusés en octobre dernier par le producteur Musicor, une filiale de Quebecor, contrairement à ce qu'avance l'UMP.

Dès sa sortie, le clip (lip dub) destiné aux élections régionales avait suscité les sarcasmes. Il montre les principaux ministres du gouvernement qui se trémoussent sur l'air de Tous ceux qui veulent changer le monde de Luc Plamondon et Christian Saint-Roch. L'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin rêve d'«une nouvelle société» pendant que l'ancienne ministre Rachida Dati dit entendre «la révolte qui gronde». Le tout accompagné d'une flopée de ministres qui se dandinent. Tournée lors de l'université d'été du parti, la vidéo plutôt consternante a été qualifiée de «comédie politique» par le ministre de la Défense, Hervé Morin.

«On a été mis devant le fait accompli, dit l'avocate de Musicor, Christine Maestracci, jointe à Montréal. En octobre 2009, la demande avait été refusée conformément à notre politique qui est de ne pas associer les artistes de Musicor à de la politique partisane.» Voyant que le clip allait sortir malgré son désaccord, Musicor a donc adressé une mise en demeure aux auteurs vendredi dernier.

Hier, c'était le branle-bas de combat chez les jeunes de l'UMP, où l'on évitait de mentionner le refus opposé en octobre par Musicor à l'utilisation de l'enregistrement. S'il fallait en croire le président des Jeunes UMP du Nord, Benjamin Lancar, il s'agirait d'une simple erreur. Les droits patrimoniaux et moraux avaient, dit-il, été achetés à Luc Plamondon et Christian Saint-Roch. Mais pas ceux de la chanteuse Marie-Mai. «Nous étions vraiment de bonne foi, dit le responsable du bureau des jeunes à Paris, Martin Aurenche. Nous nous excusons auprès de Marie-Mai et de sa maison de production. Il s'agit vraiment d'un malentendu.»

Le Devoir a cependant appris que Luc Plamondon et son éditeur Georges Mary n'auraient jamais vendu leurs droits comme on le prétendait hier à l'UMP. Ils les auraient accordés gracieusement pour la réalisation d'une simple version acoustique de la chanson et non pas pour l'utilisation de l'enregistrement de Marie-Mai.

Au moment de mettre sous presse, les avocats des jeunes de l'UMP et de Musicor discutaient toujours d'un dédommagement. Comme le clip a déjà circulé largement sur Internet, Musicor exige le versement de dommages qui seront ensuite reversés à un organisme sans but lucratif.

Ce n'est pas la première fois que l'UMP pirate des artistes ou trafique des vidéos. Plus tôt cette année, le parti a dû verser 45 000 $ (30 000 euros) au groupe américain MGMT pour avoir utilisé sans autorisation sa chanson Kids dans ses assemblées. Il y a deux semaines à peine, Canal Plus révélait que la vidéo diffusée lors du conseil national du parti, le 30 novembre dernier, contenait des images tournées aux États-Unis. Destinée à donner une image idyllique de la France, la publicité montrait en réalité une grand-mère et des maisons photovoltaïques de Californie ainsi que des enfants du Wisconsin.

Interviewé hier matin sur RTL, le secrétaire général de l'Élysée et bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, a reconnu qu'il ne répéterait certainement pas l'expérience d'un clip où les ministres du gouvernement jouent les chanteurs de variété. Il a jugé la vidéo «décontractée», «surprenante», mais pour le moins... «inhabituelle».

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Correspondant du Devoir à Paris

Le titre de cet article a été modifié à la suite d'un correctif.

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